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Samedi 21 avril 2012.

ecrit par Georges Quivole

Samedi 21 avril 2012

Elysée

Nicolas SARKOZY trépigne dans son bureau de l’Elysée.
Il se lève, tourne en rond, fulmine, se parle a voix haute, gesticule, ça bouillonne en lui, des tics le secouent de la tête aux pieds… Il décroche un des téléphones intérieurs pour la énième fois. Ses ministres et ses conseillers, des préfets et les directeurs de toutes les polices nationales sont réunis dans une salle de réception du palais en cellule de crise, guettant comme lui des développements de la situation, les yeux rivés aux écrans de contrôle. Tous les moyens d’écoute et d’espionnage électronique sont braqués sur ce même petit logement d’un arrondissement du sud ouest de Paris. Mais la police n’est pas la seule a scruter cette rue banale ; tous les grands medias sont là Les journaux , les radios, les télés squattent les trottoirs …
Toutes les télés, grandes chaînes nationales mais aussi tous les petits réseaux d’infos sur Internet, une incroyable meute de journalistes professionnels et amateurs, des milliers d’yeux et d’oreilles digitaux braqués sur cet immeuble anodin, même les médias étrangers sont présents… Les commentateurs s’évertuent dans toutes les langues à entretenir l’intérêt de leurs spectateurs vu qu’il ne se passe…. Rien !
Aucun mouvement aux fenêtres, pas de coup de téléphone, rien ne bouge, aucun signe de vie, si ce n’est, sur les écrans des détecteurs lasers de sons qui mesurent les vibrations des vitres, les preuves d’un intense « chat » sur Internet, confirmé par les mouchards installés sur les lignes d’abonnement de l’appartement.
Nicolas Sarkozy hurle dans l’appareil un –« Alors ? » rageur mais il n’obtient qu’un laconique : « Rien pour l’instant Monsieur le Président » du ministre de l’Intérieur. Il raccroche violemment, il déverse un flot de jurons sur tous ces connards incompétents qui l’entourent, ces branleurs qui le « conseillent » !!!
Comme si ces larves pouvaient le conseiller en quoi que se soit, lui, SARKO !!
Comme il les hait, comme il les exècre tous, inefficaces, incapables, infoutus d’empêcher cet hurluberlu de foutre en l’air la campagne électorale pour son 2ème mandat…. Il ouvre ses fenêtres, respire l’air doux d’avril.
Il regarde sa montre, sa Piaget offerte par sa Carlita chérie.
Il se calme un peu.Tout ce qui vient d’elle a le dont de l’apaiser.
Putain, encore 1h00 avant l’heure H fixée par ce déchet humain.

 

Avertissement 1

Bon, gentil lecteur, tu as tenu jusque là alors je dois t’avertir : ce récit est une histoire, n’essaye pas d’y trouver quoique ce soit de vrai ou de documenté, ce n’est que de l’invention. Par exemple je ne sais rien en vérité sur Nicolas Sarkozy. La vie, l’œuvre, les aspirations, le caractère, la personnalité du VRAI Sarko m’indiffère.

Le mien est petit, hargneux, grognon, mégalo, inculte, jaloux, possessif, et antipathique. Si ça te dérange nous pourrons l’appeler autrement, François, Jacques ou Valéry...peut importe. D’accord, je n’invente pas tout a fait MON Sarko, je le pèche dans l’image que renvoie de lui les médias, et le vrai contribue largement à dessiner lui même sa propre caricature, mais il est hors de question pour moi
d’essayer de trier le vrai du faux, d’enquêter, de rechercher,de creuser pour décrire un Sarko plus conforme…

Le mien me plait tel quel, mon histoire a besoin de CE Sarko là pour tenir la route, pour se développer.

Le vrai est sûrement plus nuancé, plus complexe, plus humain tout simplement, mais le mien est parfait pour mon roman et je l’adopte.
Il est même probable que je sois emmené a le moduler, le modifier, le faire évoluer au grés des besoins, que je le nuance au fil du récit .
Il pourrait devenir plus odieux ou au contraire se bonifier si la nécessite s’en faisait sentir.

Cela n’a aucun rapport avec ce que je pense de sa politique ou l’aversion que j éprouve pour notre président actuel.

Samedi 22 avril 2012,

Elysée

Sarko retourne à son bureau, s’affale dans son fauteuil...
Il laisse errer son regard sur chaque élément de la décoration choisi par sa Carla. Quel changement elle lui a apporté...
Il repense à sa vie, le parcours qu’il a du se frayer pour arriver ici, dans ce bureau, à sa vraie place... Toutes ces années de compétitions politiques, de luttes, de compromissions, trahisons, manipulations, alliances nécessaires avec tous ces blaireaux incapables, politiciens véreux, milliardaires puants mais puissants...
Comme il hait la Droite, son propre camp si minable. Il envie la chance des gauchistes, socialos, communistes, tous ces défenseurs plus ou moins sincères de l’abominable populace dévoreuse d’impôt et de prestations sociales, ravie de se complaire dans sa misère revendicatrice. Cette gauche vomie, qui l’a toujours tant méprisé, lui, le petit, (ha !!Si petit, putain), fils d’immigré, le pas branché, pas raffiné.
Cette gauche si hautaine envers les vraies qualités : l’énergie, l’ambition, l’arrivisme, le mépris du faible, le culte du résultat !
Mais cette gauche cultivée, pouvant se venter d’avoir produit la quasi totalité de la Culture Française tant vantée, les droits de l’Homme, les Lumières, la Littérature, la Peinture. A la Droite les despotes, les fachos, les racistes, le clinquant de la royauté, l’obscurantisme religieux, la prétention outrancière, le pompeux; bref, rien pour se référer à, servir de base, de mémoire collective, de quoi être fier sans aveuglement, son camp n’a que des héros comme exemple, des guerriers évidemment, auxquels il faut toujours vouer quelque forme de culte pour pouvoir croire en eux …

Jusqu’à LUI, Nicolas Sarkozy, dont la destinée était justement de changer ça, d’inverser les valeurs, dynamiser ce pays fatigué.
Il l’a toujours su, a tant œuvré pour arriver là, dans ce bureau.
Il a accepté tous les compromis, toutes les alliances. Il a placé ses pions, joué ses coups avec opiniâtreté et clairvoyance.
Tout s’est parfaitement imbriqué, enchaîné, un événement découlant de l’autre, comme prévu, pensé, voulu, guidé, manipulé par lui, et lui seul.

Quelle revanche quand même…

Mais comme il a souffert pendant sa jeunesse, tant jalousé tous les mieux que lui, ces légions de beaux, grands, blonds, forts, riches, malins, tombeurs de filles qui le traitaient comme une merde.
Les kilomètres de couleuvres avalées, les humiliations endurées sans jamais pouvoir répondre, rentrer dedans, casser des dents...
Lui pourtant infiniment supérieur ces chanceux…
Mais il était si chétif.
Sa hantise vers 12/ 13 ans de rester carrément nain quand tous les autres caracolaient du haut de leur puberté, bourrés de testostérones et constellés de boutons dégueulasses !
Et puis plus tard, jeune Homme et moins petit, enfin : pas nain, juste petit ! il lui fallut supporter cette tronche qui se sculpta devant son miroir : comment accepter à 20 ans de raser l’ébauche du visage d’Iznogoud tous les matins ?
Au fil des années la ressemblance s’était accentuée et il ne s’y était jamais accoutumé. Il ne pouvait toujours pas regarder les « guignols » sans avoir envie de jeter la télé par la fenêtre.
Toute sa vie affective en a pâti de cette relation conflictuelle avec son physique, ses complexes le poussant à toujours vouloir prouver à ses compagnes qu’il était le meilleur, le plus malin, le plus…
Le plus quoi en fait ?
Ces damnées femelles, passée la fascination qu’un mec comme lui pouvait exercer grâce à sa position, son pouvoir, sa puissance, se réveillaient toutes un jour en le découvrant couché à cote d’elles dans le lit conjugal et la cruelle réalité se révélait, quand l’aveuglement amoureux s’estompait : ... Elles étaient mariées à Iznogoud !
Va t’en les retenir avec ça !
D’où les échecs successifs, les humiliations, cocufiages privés et publics, étalés à la une de la presse people.
Une poussée de bile haineuse lui remonte au souvenir de la cérémonie d’investiture après son élection.
Il est ravi, aux anges, il est arrivé là où il DOIT être, il plane, il est ‘grand’, enfin.
Cécilia est là, elle doit jouer le jeu, sourire, il lui en demande pas plus, merde, dans 3 mois elle se tirera, c’est combiné comme ça ...
Et puis la gifle : il passe à côté d’elle, l’embrasse sur les lèvres –(genre petit bisous complice)- continue à serrer des mains, et cette incommensurable salope, dans son dos, fait la grimace !
Gros plan imparable, immanquable, plein cadre, en ouverture de tous les JT.
Quelle carne !
Puis sa vie a basculée, ce soir là, à ce dîner, quand leurs regards se sont croisés, l’inéluctable s’est enclenché.
Carla, sa Carlita est entrée dans sa vie.
Il a su, lu dans ses yeux que pour elle il n’était pas petit, qu’elle l’avait toujours cherché, lui, à travers ses innombrables aventures.
Pourtant elle semblait être tellement à l’opposé de son monde d’intrigues, de compromis, de travail, d’insomnies, d’alliances, de frénésie.
Elle, la richissime, belle, grande, dilettante, branleuse de gauche, libertine, branchée, cultivée, une sorte de dandy au féminin.
Cependant ils se reconnurent immédiatement. Etait ce de l’amour ou plus, une fusion entre deux entités parfaitement complémentaires. Deux êtres qui avaient toujours cru en leur destin mais qui allaient s’allier pour se créer une destinée.
Et depuis, pour lui, pour elle, tout avait changé, leur complémentarité dans un monde si futile faisait merveille. Ils savaient qu ils étaient devenus invincibles, inébranlables.
D’ailleurs rien ne l’avait vraiment inquiété depuis. Il avait traversé les turbulences politiques, les déculottées électorales, les contestations, grèves, crises.
Le pays croulait sous les dettes, les hordes de pauvres montaient à l’assaut des restos du cœur, mais tout cela le laissait de marbre, pour tout dire il s’en branlait furieusement.
Il savait qu’il serait réélu, embobiner les cons était sa spécialité, il savait pouvoir compter sur cette masse gluante de l’électorat.
Il était sur de lui, tranquille, zen.

Jusqu’ il y a 4 mois quand Nicolas Lambert s’est fait connaître ....

Début janvier 2012

Histoire de Lambert.

 

Nicolas Lambert déambule dans les rues de Paris.
Il erre sans but, marche au hasard, attire par les lumières des magasins. C’est les soldes.
Les étiquettes annoncent des réductions record de
75 %, 85 % sur les prix. Tout se brade et malgré ça les boutiques sont vides.
Il regarde les costards de luxe, s’imagine fringué ainsi, il aurait un peu plus d’allure. Son vieux jean, son sweater informe et sa parka fatiguée lui font un peu honte. Mais à quoi bon ? D’abord il n’a pas un rond, 15 mois de chômage ça n’arrange pas les finances et quand bien même, avec son physique…
Il trouve son cas désespéré. Il a été pas mal, enfin, acceptable, mais la quarantaine lui a été fatale.
Les cheveux rares, les valoches sous les yeux, le bide mou sur un corps sans muscle...
Le mal est fait, il faudrait autre chose qu’un relookage pour atténuer la catastrophe...
Maintenant il s’éloigne des lumières vives, se dirige vers la Seine. Chaque jour c’est le même rituel, le même trajet. Il sort pour ne pas tourner en rond dans son studio de 20 mètres carrés ou traîner sur son canapé lit qu’il ne prend même plus la peine de replier.
Il suit presque pas à pas le même parcours que les jours précédents. Il finit son errance sur le même pont, le plus banal de tous, en béton, fonctionnel et moche...
Ça lui permet de voir le fleuve sous sa plus belle perspective sans qu’il la lui gâche...
Le spectacle le distrait un moment mes ses yeux finissent toujours par fixer les remous du fleuve.
Ca serait tellement simple d’enjamber la rambarde, de se laisser tomber dans l’eau glaciale, aucune chance de survie au mois de janvier. Il a même lu sur Internet que ce n’est même pas pénible comme mort, tout doux. Il a des doutes sur la douceur mais rapide et efficace il en est sûr.
Comme chaque jour il revoie son parcours pour en arriver là.
Pourtant il n’a pas que des mauvais souvenirs, sa vie ayant plutôt bien débutée : Une enfance heureuse, des parents sympas, ouverts, gentils français moyens aisés, pas chiants.
Il ne manquait de rien, passait ses vacances à la mer l’été, à la neige l’hiver. Il n’avait subi aucun accident ou maladie grave. Ses résultats scolaires avaient été globalement satisfaisants. Enfant, Il était plutôt mignon et cela avait perduré à l’adolescence.
Sa puberté n’avait pas été catastrophique, ses premières expériences sexuelles non perturbantes.
Il était né juste au bon moment pour profiter de la période idéale : le début des années 80, la libéralisation de mai 68 parfaitement digérée par la société, rentrée dans les mœurs, fait acquis dont toutes les couches sociales profitaient et le Sida était encore loin.
Il avait, comme il disait alors, « niqué à couilles rabattues », ça voulait rien et tout dire …
Il se remémore avec délice cette période heureuse.
Tout semblait sur des rails, benoîtement lancé vers une vie prometteuse, il avait confiance dans l’avenir…
Il avait suivi une IUT d’informatique, par goût et par calcul. Tout indiquait que ce secteur allait exploser, que l’avenir serait digitalisé. Et en effet tout s’était passé comme prévu.

Diplôme en poche, il n’avait pas tardé a trouver du travail. Les informaticiens étaient encore rares, les offres d’emplois nombreuses, il n’avait que l’embarras du choix. Les années 90 s’annonçaient prospères...Il gagnait bien sa croûte, sortait, voyageait vers des destinations à la mode, se droguait avec modération, la vie rêvée...
Puis il rencontra Nadine.
Pourquoi en tomba t’il amoureux ? Avec le recul il ne s’en souvient même plus. Peut-être qu’il n’en a jamais été vraiment amoureux, probablement a t’il eu envie d’être amoureux, suffisamment fort pour s’aveugler.
Car Nadine n’avait rien d’exceptionnel. Elle était jolie mais sans plus, un peu ronde, gentille…
Elle était institutrice, « copine de copains », qui lui demandèrent de la raccompagner de Nice à Paris à la fin d’une semaine de travail sur un projet à Sophia-Antipolis.
Ils se plurent pendant le voyage et ne se quittèrent plus…une histoire tellement banale…
Quatre mois après leur rencontre elle tomba enceinte.
La nouvelle de sa future paternité le désorienta d’abord, puis il s’en trouva plutôt heureux. Presque tous ses collègues avaient déjà des gosses, il se senti rassuré ‘’d’en être ‘’, son conformisme naturel le poussait au confort de la normalisation.
Bien sûr il s’était marié, pour les mille bonnes raisons habituelles : faire plaisir aux familles, payer moins d’impôts, le petit frisson romantique, l’union pour la vie, l’amour toujours, l’appartenance à l’autre (et à la norme …surtout a la norme).
Pour tenir compagnie au petit Pierre, il se laissa facilement convaincre de l’indispensable mise en chantier d’un petit frère ou d’une petite sœur.
Noémie naquit. Puis Océane fut conçue à son tour, elle par « accident ».
Il s’était toujours demandé comment ce genre d’accident peut arriver a l’époque de la pilule du lendemain, mais il sentait bien que son avis, dans l’histoire, avait fort peu de poids.
Politiquement il n’avait jamais voté pour personne, mais il se croyait plutôt à gauche, les valeurs qui arrangeaient son confort étant plutôt issues de ce bord là.
Il n’avait rien contre les immigrés ni les pédés, trouvait que les femmes valaient bien les hommes, que les couvertures sociales sont nécessaires.
Il adorait les vacances et trouvait que la durée du travail devait plutôt se réduire qu’augmenter. Il aimait le cinoche, Canal +, les loisirs, les voyages et il pensait que la gauche c’était quand même beaucoup tout ça …
Les années 90 filèrent tranquillement.
Il trouva un super job à TF1, la chaîne de télé de pointe et des méga audiences qui surchauffaient l’audimat. C’était d’ailleurs cela son travail : les prévisions, les sondages, les suivis d opinions, les tests de produits, de teasers sur Internet, la traque des nouveautés chez les concurrents où à l’étranger…
Il dirigeait un service de quelques informaticiens, tous très pointus, des cracks bien payés, ils adoraient leur job.
D’être employé lui permit de traverser sans turbulence le dégonflage de la « bulle Internet », fatale à tant de petites entreprises de la toile.
Tous ses copains de promos, bien plus doués que lui, petits génies de l’informatique mais piètres gestionnaires, se plantèrent en masse.
Lui, comme d’habitude continua sa vie sereine, sans vagues.
Sa vie de couple après les premières années de complicité, le ravissement provoque par l’éveil à la vie des bambins, était entrée dans cette phase de routine bourgeoise si commune.
Le ménage gagnait assez pour se payer « une nounou », mot gentil pour désigner une boniche, qui les déchargeait lui et sa femme du gros des taches domestiques.
Il bossait avec plaisir mais se faisait normalement chier à la maison.
Du coup il rentrait tard, partait tard, ne voyait plus guère sa femme ni ses gosses, leurs horaires de travail leur permettant à peine de se croiser, comme tant d’autres couples...
Quand il rencontrait sa femme ils n’étaient jamais seuls, les trois enfants délurés, turbulents et ingérables, devenus un réservoir de tensions inépuisables, contribuèrent à les éloigner encore plus l’un de l’autre.
La disparition de toute intimité entraîna la baisse du désir physique entre eux, mais il trouvait ça normal. D’ailleurs il tenait pour acquis la réciprocité du phénomène. En réalité, sa femme, elle, était toujours pleine de tempérament, simplement c’était de lui qu’elle s’était lassée.
Son indifférence envers elle, sa banalité décourageante et son irritabilité domestique la poussèrent à trouver avec d’autres les émotions amoureuses qu’elle ne risquait plus d’éprouver pour lui.
Evidemment il se conforma scrupuleusement (quoique involontairement) à la grande tradition des victimes du cocufiage, il ne s’aperçu de rien, trouvant naturel (et confortable) de ne plus avoir besoin de remplir son devoir conjugal...
Comme le terme était bien choisi…
Il se complu dans sa routine, s’immergeant dans son travail pour compenser le manque d’intérêt de sa vie domestique. Mais cela lui convenait parfaitement, il se plaisait à ‘‘en’’ être, il avait l’impression que son monde cossu, parisien, aisé, branché sur les nouveaux médias, était la norme.
Que les chômeurs, les exclus, les banlieusards ou les provinciaux ramant et trimant pour joindre les 2 bouts, que les mères célibataires abonnées aux Restos du Cœur, étaient une minorité négligeable, floue, probablement victime de sa paresse congénitale..
Sa pensée, un bien grand mot pour un si vague ‘’état’’, plutôt son sentiment, Bobo neutre au départ, avait glissé lentement vers un ressenti plus à droite.
Il trouvait que décidemment les délinquants étaient quand même bien bronzés, issus de ghettos volontaires où ils se barricadaient pour mieux organiser leurs attaques vers la majorité silencieuse, bosseuse et aisée dont il était partie prenante, ‘’membre’’, au sens presque physique du terme.
Et son sauveur apparu.
Messie évident de cette cohorte de besogneux, de retraités et de petits bourgeois qui ne voulait surtout pas de vagues dans leurs vies égales, prête à croire à tous les clichés, toutes les images d’Epinal du libéralisme et du sécuritaire dont Nicolas Sarkozy su si bien se faire le héraut, catalysant toutes les opinions prévisibles.

Avec lui, il croyait qu’il fallait changer les choses, foutre un coup de pieds dans la myriade de fourmilières hostiles : délinquants, branleurs variés, drogués, terroristes, fonctionnaires, immigrés qui sclérosaient la France vraie, profonde, travailleuse dont il faisait tant partie, l’empêchant de s’envoler vers des lendemains capitalistes radieux..
Il n’était cependant pas complètement idiot, le passé de traître arriviste de son héros, son discours de bateleur de foire, le dérangeaient un peu, mais il se disait que tel était le prix à payer dans ce vieux pays démodé pour arriver en politique, que les intentions de son Sarko étaient bonnes, qu’il était l’homme de la situation.
Avec le recul il réalise qu’il n’avait en fait aucune notion précise de la situation en question, ses infos n’étant puisées qu’à coups de gros titres sur Internet, il ne lisait jamais un article en entier …
Après les élections et la victoire écrasante de son ‘Super Héros ‘, il s’était régalé des attaques du nouveau pouvoir contre tous ces maux qui gangrenaient la France : les cheminots, les rmistes glandeurs, les chômeurs, tous ces fainéants qui refusent le travail pour prolonger leurs vacances payées par l’état, les fonctionnaires inutiles en surnombre, les 35 heures sclérosantes pour libérer les forces vives du pays, ça avait été les 2 plus belles années de sa vie. Et puis les emmerdes avaient commencées.

Histoire de Lambert,

Chute.

 

Il n’avait bien sûr pas perçu tout de suite qu’il venait d’être happé par les rouages de l’engrenage mortifère qui allait l’engloutir.
C’est Nadine qui enclencha le mécanisme fatal.
Un jour vers octobre 2007 elle demanda le divorce, comme ça, presque ‘’ naturellement ‘’, sans avertissement, sans signes avant-coureurs ou alors il ne les avait pas décelés, comme toujours…
Elle lui expliqua qu’elle en avait marre de tout, de lui, de sa vie, de sa maison, de lui, de ses gosses ados et chiants, de la routine, de lui, de Paris, de pas voyager, de lui, du chien, de pas baiser, de lui, de pas être désirée…
Elle voulait changer, sortir, voyager, vivre à la campagne, faire l’amour mais pas avec lui, surtout plus avec lui.
D’ailleurs, elle l’avait remplacé depuis longtemps, par d’autres plus attentionnés d abord, et maintenant par Patrick, plein de toutes les qualités qu’il n’avait plus ou n’avait jamais eu, lui, Nicolas, et qui la désirait elle, et le lui montrait 4 fois par jours quand ils étaient ensemble et en plus elle était enceinte de l’autre …
Il encaissa, ne comprenant pas bien tout ses griefs, incapable de se défendre, assommé par la surprise. Autant d’émotions était trop difficile à assumer dans sa vie plate, comme un relief trop abrupt pour un piètre randonneur.
Ne sachant quoi rétorquer il dit oui à tout, l’acceptation sans combat étant le chemin le plus direct pour retrouver au plus vite une routine solitaire mais rassurante.
Il s’était même assez vite acclimaté à son célibat, il n’avait eu qu’a rallonger ses heures de présence au boulot : «travailler plus pour gagner plus», le slogan si pertinent de son héros lui convenait parfaitement et ça lui faisait économiser le psy qu’il aurait été de règle de se payer, dans son milieu et sa situation, que demander de plus ?
Il payait une pension somptuaire pour ses enfants, ne les voyants que rarement, en s’efforçant de compenser le peux d’intérêt affectif qu’il ressentait à leur endroit, par des cadeaux hors de prix, content de les laisser repartir vers le sud avec leur mère, débarrassé des conflits adolescents permanents.
Il avait espéré que sa vie après ce changement soudain, redeviendrait égale, agréable et ses vœux furent globalement exaucés.
Bien sûr il avait vieilli, il perdait ses tifs, et sa confiance en soi avait été ébranlée par son divorce.
Il essaya de draguer un peu mais ça ne marchait pas. On aurait dit que son cocufiage se voyait sur sa figure, que la platitude de sa personnalité, son manque de caractère clignotaient comme un gyrophare, agissant comme un repoussoir à femelles, et ça lui minait un peu le moral.
Mais au moins dans son travail il s’éclatait.
C’était la fin des années 2000, il travaillait pour TF1, la chaîne la plus prospère du PAF, il était bien payé, vivait confortablement, sûr de sa place dans la société et dans le monde.
Il se félicitait chaque jour de son vote éclairé pour son Sarko.
Décidément ce mec avait la ’ gniaque’ il était bien meilleur que tous ces trous du cul de gauche ou ces vieux réacs chiraquiens.
Avec lui ça fonçait, on pouvait enfin bosser, gagner du blé, vendre, acheter, vivre quoi ! Être dans le ‘groove’ …
En plus d’être dirigé par un vrai chef, qui était du vrai cercle des vrais maîtres du monde, ça te donnait la possibilité si tu étais malin de profiter de l’élan, d’être sur la vague des ‘’ bons coups’’ qui profitaient à quelques ‘Happy few’ .
Certains secteurs prospéraient outrageusement :
les finances, les services, la pub, les médias.
Et il travaillait pour LE media, celui qui avait littéralement porté Sarkozy au pouvoir, la télé principale, propriété des amis de toujours, sûre d’elle, puissante et attendant avec assurance son renvoi d’ascenseur prévisible et programmé.
La nouvelle de la suppression de la pub sur les chaînes publiques, voulue par Sarko pour profiter a ses potes, pédégés et plus gros actionnaires de TF1 et M6, remplit Lambert d’une joie de gamin, comme si ce cadeau lui avait été personnellement destiné. Décidément son avenir était assuré, quelle idée de génie avait-il eu de rentrer dans cette boite ! Et puis des signes inquiétants avaient commencés à envahir ses écrans d’ordinateurs.
Les chiffres des parts de marché, d’audience, de rentabilité, de la bourse, après l’euphorie due à l’effet d’annonce de la suppression de la pub chez leurs concurrents publics, n’avaient pas décollés, au contraire ...
Toutes les courbes stagnaient, voire s’incurvaient vers le bas de manière inquiétante. On était à l’été 2008 et le pire était à venir. La crise financière de l’automne, malgré les avertissements d’analystes un peu moins moutonniers que le troupeau des libéraux béats, surpris presque tout le monde des nantis et spécialement Nicolas Lambert.
Il était plus que surpris d’ailleurs, il était atterré, il ne s’en remettait pas.
Lui dont c’était pourtant le métier de sonder les opinions, analyser les statistiques, discerner des tendances sur les courbes avait superbement ignoré tout signal contraire à sa ferveur libérale, aux images d’Epinal de sa société radieuse et commerçante !
Il était vexé comme si on lui avait fait une mauvaise blague.
Malgré tous ces signes d’avant-catastrophe imminente, il continuait à croire que tout cela était passager, il avait foi en son leader politique et en ses patrons, il croyait que ces alliés de toujours se soutiendraient mutuellement et que lui, Lambert, navigueraient avec eux, l’idée qu’on puisse le débarquer ne l’effleurant même pas.
L’année 2009 pourtant ne poussât pas à l’optimisme. Le pays s’enfonça dans une crise durable, le chômage explosa, la consommation s’effondra ou ne se maintint qu’à coups de rabais historiques.
Nicolas Lambert prit sa première gifle avant l’été, du tout beau soufflet qui le laissât groggy et incrédule. On réduisit son service au minimum en n’y laissant que quelques jeunes informaticiens payés au lance pierre.
Lui fut recadré à la comptabilité, chef d’un département nouveau, chargé de trouver des solutions pour faire économiser du fric à sa boite.
Et les directives lui furent énoncées clairement : Son avenir personnel dans l’entreprise dépendrait de la quantité d’économies réalisées.
Toutes les semaines il devait rendre compte des résultats de son équipe et ses chefs n’étaient pas des tendres !
Rien à voir avec le monde ‘’branché’’ des médias, là il avait à faire avec de vrais requins ultra libéraux formés dans des universités étrangères, obsédés par la rentabilité et les dividendes des actionnaires.
Son problème était qu’il n’y comprenait rien, lui, aux histoires de fric, de rentabilité.
Des années de confort, de routine, de bonne chère et de tranquillité lui avaient vidés les neurones, s’ils avaient jamais été pleins d’ailleurs, et il paniquait.
Le stress le minait d’autant plus que tout ça avait été tellement soudain, il n’avait eu aucune chance de se préparer, de s’adapter.
Quand on lui avait proposé ce poste, (tu parles d’un choix...), il était tellement abasourdi par la fermeture soudaine de son service sans aucun préavis,
(il avait juste été convoqué et on le lui avait annoncé, comme ça, comme un fait normal, une péripétie de fonctionnement standard : - on arrête...Tu fais autre chose- et basta, simple, sans appel !), tellement surpris, donc, qu’il avait été incapable de mesurer les conséquences de sa situation, les implications de sa nouvelle fonction et des restructurations de sa boite. Il avait bien sur accepté, qu’aurait-il pu faire d’autre ?
Et maintenant il devait s’accrocher, il ramait pour essayer de se mettre au niveau, de comprendre ce qu’on exigeait de lui.
Il devint très vite odieux avec ses subordonnés, rejetant sur eux la faute de son incompétence. L’ambiance tourna très vite à l exécrable...
Aller travailler se transforma pour lui en une vraie torture.
Mais il n’avait pas le choix, jamais il n’aurait pu partir. Il découvrait que tout ce qui faisait jadis son confort et son statut social s’était transformé en piège aliénant . Les traites de son bel appart, de sa bagnole de luxe, du matériel informatique et Hi fi haut de gamme, la pension alimentaire royale qu’il versait chaque mois l’empêchaient d’envisager toute solution de repli.
Il était coincé.
Son travail lui pompait tant d’énergie qu’il se traînait en dehors des heures de boulot. D’ailleurs ses heures de loisirs s’étaient réduites au strict minimum pour combler ses besoins physiologiques basiques.
Il travaillait à plus d’heure, même ses samedis se passaient au bureau pour essayer de rattraper tous les retards, les erreurs réelles ou imaginaires.
Il vérifiait encore et encore chaque opération, mais chaque semaine un plantage indétecté lui valait des commentaires aigres et méprisant de sa hiérarchie.
Il constatait la chute de sa côte de popularité parmi ses chefs chaque semaine, en parallèle avec la dégringolade de son idole dans les sondages d’opinion, mais cela ne lui était d aucune consolation.
Il se nourrissait mal, n’ayant plus le temps ni l’envie
d’aller dans des restaurants convenables.
Il grignotait, se gavait de pizzas et de fast food.
Une mauvaise graisse malsaine s’accumulait sur son bide, dopée par le stress et les hydrates de carbones ingurgités à haute dose.
L’hiver 2010 fut un calvaire interminable .Ce froid sibérien qui glaça Paris par vagues succéssives jusqu’au mois de mars, rajoutât à sa déprime la pique d’inconfort physique pénible qui sape toute tentation de sortie ou de distraction.
Il avait fracassé sa bagnole un soir, dérapé sur du verglas, emplâtré un trottoir, détruit toute la partie roulante de sa belle caisse sans pouvoir rien y faire. Son garagiste n’avait pas caché son admiration devant les dégâts :
-Hé bé putain vous l’avait bien niquée, j’ai jamais vu autant de casse sur ce genre de choc, mais comment vous avez fait votre compte ? Ça va vous coûter un bras pour redresser tout ça et puis vous l’aurez pas avant 2 mois : on est débordé, vous ètes pas le seul à vous être vautré, avec ce froid ça cartonne toute la journée -,
Déclarer l’accident à l’assurance ‘’ tous risques’’ (sauf bien sur la franchise bien salée) avait été la cerise sur le gâteau de ses tracas. Il avait du marcher comme tous les pauvres blaireaux tant haïs, ce qui avait entraîné une autre torture : il s’était bêtement cassé la gueule plusieurs fois sur les trottoirs transformés en patinoire par le gel, il s’était méchamment foulé la cheville et Il se la retordait systématiquement au même endroit, boitait comme un con et ça faisait mal, putain....
Le tardif printemps 2010 arriva avec quelques signes d’embellie toute relative pour l’économie du pays.
La situation semblait moins pire que prévue, ce qui permis à son Sarkozy de s’auto congratuler pour sa compréhension, sa maîtrise, sa gestion si parfaite de la megacrise mondiale qui faisait tant de mal à notre grand pays si bien dirigé.
Les chiffres du chômage abyssal se stabilisaient
Tu parles : même lui, Lambert, le Sarkozyste le plus convaincu, comprenait l’arnaque derrière ces annonces et ces statistiques bidon : la ‘stabilisation’ du chômage n’était du qu’aux radiations massives des « fins de droits » qui basculaient dans le RMI, enfin le RSA, et qui étaient effacés des listes du pôles emploi, quant à la toute relative résistance à la crise, elle n’était due qu’aux protections sociales tant stigmatisées par le Sarkosysme, qui jouaient leur rôle d’amortisseur.
D‘ailleurs, la preuve personnelle, irréfutable, de la progression du chômage lui fut bientot administrée comme une nouvelle gifle en pleine gueule.
Un lundi d’avril 2010 il trouva une note le priant de passer voir son DRH qui ne fit pas durer le suspense, lui signifiant son licenciement sans ménagement.
Nicolas Lambert n’était bien sûr pas du genre à protester, revendiquer, faire une grève de la faim pour garder son emploi.
Il n’avait jamais voulu adhérer à aucun syndicat de gauchistes et pour tout dire son licenciement le soulageait trop.
Sa prime de départ lui sembla rondelette et il ne voyait plus que l aspect si bienfaisant de son éviction : il allait pouvoir se reposer, il n’en pouvait tellement plus ...

 

Samedi 21 avril 2012,

 

Pipi.

 

Nicolas Sarkozy, bondit, se rue sur les écrans des moniteurs.
- Qu’est ce qui se passe ?- il interpelle le ministre de l’Intérieur.
- Je ne sais pas Nicolas, ça bouge dans l’appart, il marche...-
-Qu’est ce qu’il fout, bordel ? –
- Attends…Non c’est rien…Il est juste allé pisser-
Nicolas Sarkozy s’emporte.
- Il va pisser cet enculé, satisfaire ses petits besoins…Est-ce que je vais pisser moi ? –
C’est vrai tiens… Ca fait des heures qu’il n’a pas uriné !
Il réalise qu’il a une méga envie, mais il ne le percevait pas...Le stress le poussait à se retenir inconsciemment.
Il va au chiotte, se vide avec soulagement, sa pression mentale baisse de concert avec la pression dans sa vessie, il se détend un peu
Il se sent fatigué, épuisé même, physiquement lessivé
Putain de Lambert !
Comme il lui a bien pourri la vie ! Il en est presque admiratif du pouvoir de nuisance d’un tel insignifiant Déjà que le quinquennat n’a pas été de tout repos.
Lui qui se voyait comme le grand réformateur, le modernisateur de ce pays archaïque, doit bien admettre que la portée des transformations qu’il a tant voulues est bien limitée.
La France reste ce petit pays irrémédiablement étriqué , replié sur lui-même, prétentieux et réac.
Il réalise qu’il y est finalement sûrement pour beaucoup. Mais comment faire ?
Le paradoxe de se vouloir, se savoir moderniste, progressiste, et la nécessité de s’appuyer sur un électorat si borné, figé, fascisant souvent, l’a forcé à proclamer toujours plus de lois sécuritaires, anti-immigrés, anti-jeunes, anti-opposition, qui empêchent les potentiels de tout ce qui est imaginatif, osé, hardi, anti-conformiste de s’exprimer, de créer, de vitaliser.
Ha, comme il a rêvé de fédérer tous ces gens là, les volontaires, les dynamiques, les pêchus, autour de lui qui serait devenu le leader d’un mouvement volontaire et intelligent, aventurier, pionnier...
Il y a cru, mais le résultat est pitoyable, il le réalise. Rien que de devoir continuer à bosser avec ces ministres idiots, vieux, sans imagination, pantouflards, l’horripile.
Comment espérer quoique ce soit de grandiose avec de tels nullards.
Ses conseillers personnels les valent dix fois ; il est persuadé qu’il pourrait tellement mieux administrer le pays rien qu’avec eux, sans ministre, sans parlementaires, surtout ce vieux sénat séniles qui n’est utile que pour emmerder la gauche quand elle accède par erreur de casting au pouvoir.
Comme il a du composer avec tous ces vieillards, ces notables surgavés de bonne chère, payée à coup d’argent public.
En plus ils sont vindicatifs, lécheurs, veules, prêt à tout pour garder leurs parcelles de pouvoir, leurs privilèges.
Ils l’ont porté aux nues, lui, Sarko, mais ils peuvent le descendre avec zèle si leur croûte en dépend.
D’ailleurs ils ne s’en sont déjà pas privés. Le souvenir des lâchages de son clan pendant ces cinq années remonte, remplissant son estomac de bile amère. Les trahisons consécutives à chaque aléas du quinquennat, les affaires Clearstream, le procès Villepin, son fils Jean et l’ OPAD* , les rapports à charge de la cour des comptes dirigée par cette grosse truie vindicative de Seguin, enfin crevé …Bon débarras !
Cette belette visqueuse de Copé, toujours prêt à lui empoisonner la vie, à lui embâtonner les roues à coup d’amendements de parlementaires UMP ‘dissidents’.
Dissidents tu parles… Aux ordres oui… Mais de Copé la teigne…
Il aurait pu accomplir tant, et mieux, sans eux

* Ce qui est remarquable avec Sarkozy et sa clique, c’est qu’il vont si vite, que l’on a, nous les simples, du mal à coller au train, par exemple, des ‘’affaires’’, . Au moment ou j’écris c’est la ‘‘Woerth-Betancourt’’, mais d’ici à ce que je finisse, va t’en savoir ce que le Canard nous aura degoté !

Mais il gardait encore espoir, il pensait pouvoir de nouveau reconquérir l’opinion, quitte à promettre tout et son contraire, ça il savait le faire, c’était si facile de convaincre les cons…
Il avait déjà mis au point sa stratégie : après la période hyper sécuritaire qui avait permis de faire oublier la reforme des retraites, en focalisant les gens sur ces gitans complaisants qui avaient si opportunément saccagés quelques gendarmeries, il préparait un virage à gauche toute, les électeurs n’en pouvant plus de la crise.
Ils aspiraient à du social, dégoûtés d’être laissés en rade, dépouillés par le capitalisme, volés par les banquiers rapaces, la spéculation…
Quitte à débaucher encore plus de personnalités de l’autre bord après les élections, après tout, ils n’étaient pas plus incompétents que ’’ les siens’’ et eux, au moins avaient la reconnaissance du ventre : en politique, après un retournement de veste, tu es scotché à ton nouveau maître, sinon tu meurs.

Et puis Nicolas Lambert lui est tombé dessus

Histoire de Lambert,

Chômage.

 

La sensation qui domina le début de son chômage fut le soulagement.
Sa liberté le grisait. Il était persuadé de prendre 1 nouveau départ dans la vie, il était plein de projets.
Il parti voir son ex femme et ses gosses dans le sud. Ils étaient installés en Lozère.
Ce département paumé permettait à son ex famille de vivre confortablement entre le salaire d’institutrice de sa femme et la conséquente pension alimentaire qu’il lui versait.
Tout était moins cher par ici, l’immobilier était à prix cadeaux, les marchés débordaient de produits frais de bonne qualité.
Sa Nadine s’était parfaitement adaptée à son nouveau mode de vie, elle était enjouée, visiblement épanouie...
Les enfants, en revanche, n’avaient pas l’air heureux de vivre dans un trou pareil, déroulant tout le catalogue des jérémiades adolescentes en se faisant un devoir de suivre scrupuleusement tout le rituel des conflits générationnels.
Lambert en eu vite marre de ces retrouvailles, il ne supportait pas la campagne, Paris lui manquait.
Il ne comprenait pas comment sa femme pouvait se plaire dans cet endroit.
Tout lui répugnait : le vent, le froid, bien que l’hiver soit encore loin... Les repas simples et copieux. Patrick, le mec de son ex, amoureux, cajoleur, démonstratif, jovial, gentil…
Lambert croyait percevoir une condescendance infinie, un mépris sous entendu derrière chacune de ces démonstrations de personnalité positive, comme un exemple étalé de tout ce que lui ne serait jamais capable d’être.
Son ex femme l’horripilait, son épanouissement dans son nouveau mode de vie qui semblait si bien lui convenir, démontrant qu’elle avait enfin le bonheur qu’elle n’aurait jamais pu trouver avec lui, l’enrageait.
Cette démonstration qu’on pouvait vivre en se contentant de joies simples, d’ambitions modestes, non urbaines, non branchées, intemporelles, le révulsait.
Il ressentait cela comme un affront personnel, une sorte d’insulte envers son mode de vie,envers tout ce qui comptait pour lui
Il éprouvait la même sensation désagréable que celle du type qui réalise parler seul dans une tablée ou plus personne ne l’écoute.
Il avait fuit après 2 semaines, il ne ressentait plus rien, sinon de l’exaspération envers ces gens qui lui étaient devenus complètement étrangers...
De retour à Paris, il se lança avec enthousiasme dans une recherche d’emploi effrénée.
Il y croyait, il en voulait, il était persuadé qu’une telle somme de talents (lui) serait le rêve d’un tas d’employeurs avisés.
Mais la crise était là et bien là.
Il déchanta très vite, encaissant claque après claque, refus après refus, quelquefois polis mais le plus souvent glacial ou odieux, ironiques ou méprisants.
Il découvrait qu’il était : trop cher, trop qualifié, trop vieux, ou pas assez : formé, jeune, mobile, bon marché ...
Très vite il du se rendre à l’évidence : trouver un bon job dans la France de 2011 ne dépendait ni des compétences ni des qualifications mais plutôt d’éléments non quantifiables comme : la chance, l’âge (être assez jeune mais pas trop), le copinage, le piston, la belle gueule, la capacité à se vendre…
Tout sauf des valeurs objectives...
Son train de vie luxueux l’entraînait dans le mur, il avait quand même la lucidité des chiffres.
Il du très vite prendre des mesures de réductions de dépenses.
Il loua un studio, vendit ses meubles sur EBAY, ainsi que son matériel vidéo high-tech; tout ce qui pouvait faire un peu de cash. Il ne garda que son ordinateur portable.
Il profita des primes et réductions records consentis par les constructeurs automobiles qui tentaient de conjurer la crise, pour troquer sa belle caisse de luxe contre un petit diesel peu gourmand.
Malgré toutes ces économies, l’argent filait, car ses indemnités se réduisaient mois après mois comme un sac plastique oublié sur un radiateur.
Il découvrit avec effarement que quand on devient pauvre, tout devient cher !
Pour tenir il avait puisé dans ses réserves : quelques milliers d’euros sur un compte d’épargne et sa prime de licenciement y étaient passés.
Il n’osait pas avouer son état ni à ses quelques amis, ni à sa femme. Pour payer la pension alimentaires et les factures, il rognait sur tout, mangeant des conserves de mauvaise qualité, ne se déplaçant plus, ne sortant plus.
Sa seule distraction était internet. Il s’abrutissait devant son écran pendant des heures jusqu’à ce qu’il s’écroule de sommeil.
Il perdait la notion du temps, lui si habitué aux semaines programmées, à la routine rassurante, au rythme de vie régulier.
Des jours, des semaines, passaient sans repères. Il découvrait au hasard la date, se réveillait très tard, hagard...
L’arythmie de sa nouvelle vie le déprimait mais il ne se sentait plus le courage de réagir. Il ne se rasait plus, ne se lavait que quand il ne supportait plus sa puanteur...
Cependant, le temps qui semblait figé au présent se compressait sur le long terme, il découvrit que les mois passaient à toute allure, sans qu’il ne les perçoive.
Cette fuite temporelle le terrifiait, pourtant il n’avait pas encore touché le fond... La machine de déconstruction sociale de l’ère sarkozyenne allait lui démontrer que le pire était à venir ...
Vers l’automne 2011, une convocation du « pôle emploi » arriva dans sa boite aux lettres.
Sur le coup elle ne lui provoqua aucune inquiétude particulière…
-Encore une vérification de mes recherches d’emplois - ... pensa- t-il.
L’agent qui le reçu paraissait harassé, il ne dégageait aucune sympathie. Il considéra Nicolas Lambert d’un œil froid et indifférent.
- Vous ne trouvez apparemment rien dans votre spécialité, d’ailleurs, ce n’est pas étonnant il n’y a rien à trouver. Votre profil ne correspond plus aux offres dans votre secteur d’activité.
Vous allez devoir accepter autre chose. Bien sûr ça ne sera pas très bien payé mais c’est mieux que rien. De toutes façons vous n’avez pas le choix : vous devez accepter sinon vos allocations seront supprimées –
Nicolas Lambert comprenait à peine ce que cela signifiait, il avait du mal à sortir de sa torpeur...
Il accepta parmi deux ou trois offres de petits boulots* d’être serveur dans un bar de nuit, il se dit qu’au moins il verrait du monde ...
Bien sûr l’expérience fût calamiteuse. Il ne savait rien faire avec ses mains, il était d’une maladresse navrante, même de marcher sans se cogner aux tables était impossible pour lui, quand à se glisser dans la cohue en portant un plateau chargé de verres...

 

*Les ‘petits boulots’ sont souvent durs et pénibles donc ‘gros’. Alors on doit dire quoi ? Des ‘petits gros boulots’ ?

Il fut viré après 2 semaines d’essai mais il n’en fût pas quitte pour autant.
Le fonctionnaire du pôle emploi, son « tuteur » qui le prit vite en grippe, le renvoyait systématiquement se faire ridiculiser dans d’autres bars, d’autres restos, s’échiner à s’essayer au métier de loufiat au milieu de jeunes, épuisés et sous payés...
De plus, pour essayer de tenir un peu, il s’était mis à picoler.
C’était facile, la boisson était à portée de gosier, il s’imbibait de mauvaise bière pression, il avait toujours soif, il finissait les fonds de bouteilles de vins abandonnées par les clients...
En trois mois de ce régime il était devenu totalement accro à l’alcool.
C’était bien le seul plaisir qu’il retirait de sa situation, en plus la réalité restait un peu cachée derrière les brumes éthyliques.
Mais il fini par être connu dans le milieu et fût définitivement grillé, la réputation de sa nullité ayant fait le tour de la profession.
Même son « tuteur » compris que c’était râpé, il renonça à le harceler, de toutes façons il était en fin de droits et bientôt Nicolas Lambert ne serait plus de son ressort.
Il le laissa en paix.
C’est à ce moment là que Nicolas Lambert renonça à se débattre. Il cessa de payer la pension alimentaire à sa femme, puis le téléphone et le loyer suivirent. Les factures et les quittances, les relances s’entassaient. Il ne les ouvrait même plus.
Il ne lui restait plus qu’une vague aumône comme revenu (RMI, RSA..?), enfin un machin social qui avait permis de le rayer des statistiques du chômage. Il continuait à picoler, le gros de son peu de fric y passait… Etrangement, son état mental s’était amélioré, enfin il n’était plus à proprement parler déprimé.
Etait ce le renoncement, l’alcool, le jeûne, (il ne mangeait presque plus rien de solide) ou tous ces éléments mêlés ?
En tous cas, il ressentait une sorte de sérénité,un état de repos.
Il avait aussi acquis une espèce de lucidité sur son état mais sans amertume, une sorte d’auto pitié indulgente. Il comprenait qu’il était devenu lui, Nicolas Lambert, un genre de ‘’cocu total’’. Un parmi la cohorte des cocus de la vie , de la société, des chimères libérales, des illusions occidentales du ‘progrès’, de la technologie, de l’individualisme, de l’espérance de vie à rallonge…

Il comprenait qu’il était passé à côté de tout : Des gens, de la nature, du sexe, des enfants, des femmes, du travail bien fait, de la cuisine, de la Culture, de son corps, des efforts physiques, et de la sieste les jours d’été. Il comprenait surtout qu’il avait cru ce que d’autres plus malins, plus riches, plus forts te disent de croire et comment y croire...
Il avait cru au discours libéral, raisonnable, bien pensant, il avait cru à l’ordre, au fric, au clinquant et à l’inutile, au paraître et au rendement, il avait cru en Sarko et cela l’avait mené là où il était : cocu, seul et abasourdi…
Sa (relative) lucidité s’aiguisait chaque jour, il se voyait maintenant tel qu’il était, c’est-à-dire rien, en tout cas pas grand-chose…
Son absence de raison d’être, de futur, son état de pion parmi des millions d’autres pions interchangeables le baignait d’une clarté grise rassurante ...
Il commençait à entrevoir que la fin inéluctable et proche de son existence serait l’aboutissement logique et cohérent de son parcours totalement typique…
Il se demandait juste si cette fin serait la seule chose dont il déciderait ou s’il la laisserait plus lâchement au hasard, aux rigueurs climatiques par exemple, à un grand soir glacial qui le laisserait congelé sur un banc...Si con...Si gelé... Quand il serait SDF, son futur si probable …

Histoire de Lambert,

Suicide.

Cette certitude de sa fin proche, subie ou décidée mais inéluctable, programmée, ne découlait pas, ou plus, d’une accumulation d’idées noires, elle ne découlait pas non plus, ou pas seulement, de sa déprime.

Au contraire, il lui semblait même que son mal-être s’estompait. Il se sentait un peu mieux physiquement, engourdi et rouillé, fatigué certes mais plutôt bien, comme le convaleçant d’une longue maladie infectieuse
Il s’écoutait moins, il ne guettait plus chaque douleur, chaque bobo mineur comme avant.

Son probable suicide lui apparaissait comme une conclusion logique, normale de son état de ‘cocu total’, l’aboutissement inévitable de l’aquoibonisme qui ‘‘éclairait’’ toute sa vie d’un gris égal, sans relief, sans aucun sens ni signification, pire: sans aucune nécessité de même envisager un début de commencement d’explication.
Il réalisait pleinement que son cas n’était bien sur pas isolé, la banalité de son état était même presque rassurante.

D’ailleurs, les milliers de suicides dans toutes ces entreprises géantes, au fonctionnement odieux, mais aussi chez les jeunes, les prisonniers, les femmes, devenaient pour lui logiques et compréhensibles.
Il ressentait une sorte d’empathie, d’“esprit d’équipe” pour tous ces ‘‘confrères en suicide’’.

Les pièces du puzzle gris s’assemblaient devant lui, un puzzle étrange ou toutes les pièces (les humains) seraient identiques, simples et interchangeables.

Il comprenait que pour échapper à tant de banalité il faut soit le hasard, soit une énergie, une volonté hors du commun, idéalement les deux, pour pouvoir essayer d’“inventer” sa vie.
Il entrevoyait pourquoi ‘son’ Sarko avait dépensé tant de talent, d’énergie, de persuasion pour le couillonner lui et des millions d’autres, pour les persuader, les entraîner dans cet élan inutile.
Il (Sarko) faisait partie de ces ‘happy few’ qui ont le niveau énergétique nécessaire pour essayer de se ‘fabriquer’ leur vie, et de tirer, de puiser, une grande part de cette énergie des autres, des bons à peu, des gris, des si semblables a lui, Nicolas Lambert.

Début janvier 2012,

Idée.

Nicolas Lambert reprend conscience de son environnement, des voitures qui passent sur le pont dans son dos, des lumières de Paris, du brouhaha de

l’activité de la capitale, du vent glacial qui le transperce.

Il est dangereusement penché au dessus des remous de l’eau grise de la Seine, sur le pont habituel où aboutissent ses errances quotidiennes.
Un bateau-mouche tout illuminé surgit sous ses pieds, presque vide, quelques rares passagers y semblant exposés comme dans une vitrine flottante

Cela serait si facile d’en finir là, de se laisser sombrer dans cette froideur accueillante

Il imagine que l’on doit presque ressentir une sorte de douceur, passé le choc du contact de l’eau froide…

Plonger devant les passants blasés …
Au moins il existerait pour eux, ne serait-ce que pour quelques minutes…
Il leur laisserait un souvenir marquant qui s’incrusterait définitivement dans leur mémoire.

Il se penche encore plus au dessus de l’eau, il se sent un peu fiévreux…

De nouveau il perd la perception de son entourage, sa pensée vagabonde, il flotte dans un état second. Une vague idée est chassée par une autre, qui en fait germer une nouvelle…
Son imagination ou quelque autre fonction cérébrale peint par touches mentales, dans une sorte de transe… Le choc de l’idée qui vient de fulgurer dans son cortex le laisse pantelant, il a faillit en basculer par dessus le pont, un réflexe salutaire l’a fait bondir en arrière.
Il tremble, le souffle court, adossé à la rambarde…

La crainte de perdre sa pensée l’effleure, mais non, pas de risque, son idée est bien présente, elle s’accroche dans son cerveau, s’y love comme dans un nid douillet.

Il s’éloigne du pont d’un pas un peu flageolant…
Il sent une vague d’excitation, de plaisir pur, intense, monter en lui, l’inonder, l’emporter…
Putain, quelle idée ! Ho oui, ho oui, c’est trop beau !
Il jubile !
Il a la prescience, il sait que ça va marcher, que çà va être énorme.

Lui, Nicolas Lambert vient de voir sa destinée, ce à quoi il doit servir, la raison de sa présence sur terre, peut être !

Un élan quasi mystique le soulève, il court presque vers chez lui maintenant.

-Tiens, il a faim !

Pour la première fois depuis des mois, son corps se réveille et se rappelle à lui. Il recommence à fonctionner, à exister.

Non, il COMMENCE à exister ! Il réalise que sa vie antérieure n’a été qu’une préparation, la préhistoire de sa véritable existence qui vient de débuter sur ce pont banal.
Que tout son passé n’a été que le modelage, l’élaboration de ’’L’outil Lambert’’, adéquat pour réaliser son œuvre.

Histoire de Lambert,

 

Préparation.

 

Avoir une idée est une chose, la transformer en projet et la réaliser, particulièrement pour un Nicolas Lambert avachi , fatigué, et pas très doué au départ en fut une autre, bien plus ardue !
Mais sa nouvelle lucidité, sa perception aigue de ses propres carences intellectuelles, ses lacunes, sa faiblesse de personnalité devinrent presque des atouts.
Il comprit que pour réaliser son plan une organisation rigoureuse serait nécessaire, vitale.
Si tout se déroulait comme prévu, il allait devoir affronter la totalité des autorités, des forces de polices officielles et occultes avec tous leurs moyens d’investigation, leurs puissances d’enquête, liguées contre lui.
Sans compter les médias qui allaient concourir férocement pour révéler le dernier scoop sur lui, Nicolas Lambert.
Il était absolument hors de question de se servir d’Internet à partir de chez lui pour tous les travaux de recherche qu’il allait devoir entreprendre.
Il devrait utiliser les cybercafés, les bibliothèques, et encore de manière non organisée, non traçable, sans cohérence apparente, sans suivi précis.
Les bibliothèques en revanche, seraient une mine de renseignements précieux grâce à ce vieux médias suranné mais si discret : les livres, inépuisables sources d’informations techniques.
Quand il aurait tout préparé, Internet deviendrait au contraire indispensable, incontournable, ça serait l’outil qui allait lui permettre le développement de son plan à partir de chez lui.
Il se mit au travail, transformé, transporté, mu par un entrain, un enthousiasme tel qu’il en devenait presque intelligent, malin et débrouillard au moins.
Il procéda à la partie repérage des lieux, il fallait que tout soit minutieusement mesuré, évalué, les dimensions du site, l’accessibilité, l’impénétrabilité, au moins pendant les quelques minutes nécessaires pour sa préparation avant l’action finale.
« Google Earth » et tous les autres sites de vues par satellites furent d’une aide précieuse pour sélectionner des spots, ensuite il passa des heures à arpenter les rues de Paris pour vérifier’’ in situ’’ les caractéristiques des lieux. Il finit par trouver l’endroit idéal, il y avait même une cave accessible pour planquer le matériel discrètement.
Le matériel lui-même lui procura quelques tracas. Passe encore pour la partie solide, confectionnée à base de produits communs, courants, accessibles dans n’importe quelles grandes surfaces de bricolage.
Non, là où ça coinçait c’était pour le module de « mise à feu » et surtout pour l’indispensable gaz.
Il ne pouvait laisser de traces derrière lui, donc il lui était impossible d’acheter ce genre de produit par Internet et de plus les containeurs de gaz étaient lourds et peu discrets.
Il se résolu à voler ces composants.
Il commença par le gaz.
Il repéra quelques dépôts de la région et fût agréablement surpris du manque de surveillance de ces lieux en général. Il s’attendait à des sites de stockage hyper surveillées, il découvrit que le plus souvent un simple grillage le séparait des précieuses bonbonnes.
Il choisi de voler les bouteilles les plus légères pour se simplifier la manutention.
Il cibla le plus à l’écart des dépôts et passa à l’action un soir glacial et brumeux..
Ce fut un jeu d’enfant. Tout était désert et il avait l’impression qu’il aurait pu déménager la totalité du stock sans être dérangé.
Il était même peu probable que le vol soit découvert avant longtemps, quelques bonbonnes en moins parmi des centaines ne risquant pas de se remarquer facilement…
Pour l’appareil de mise à feu ce fût tout aussi simple : les ports de plaisances étaient légions le long de la Seine et les portes fragiles des bateaux ne résistaient guère à un bon pied de biche, et c’est fou tout ce qu’on peut trouver dans un bateau…*
Quand il fut en possession de tous le matériel, la confection du système commença…
Là encore il se découvrit des aptitudes manuelles, il devenait ingénieux, monter un pareil « machin » dans un si petit appart fut un vrai défi, mais il triompha de tous les obstacles. Une fois correctement rangé, son matériel tenait bien peu de place, une grosse malle tout au plus.
Il ne lui resta plus qu’à entreposer discrètement tout son bazar dans la cave de son « théâtre d’action » et de passer à la suite du plan.

 

*Bon, c’est sur que là je pourrais allonger la sauce, décrire l’action, disposer quelques obstacles pour compliquer la manutention, faire surgir quelques vigiles pour créer du suspense. Mais, dans la réalité, ce serait aussi simple que ça, de piquer son matériel, et comme à la fin il faut qu’il l’ait sans anicroche pour que l’histoire se poursuive, à quoi bon compliquer la vie de ce pauvre Lambert, il en a déjà bien assez bavé, non ?

 

Avertissement 2

A ce moment de l’histoire, je dois de nouveau prévenir le gentil lecteur.
Je ne connais rien à l’informatique en général et à Internet en particulier.
Je n’ai même pas d’ordinateur, et j’écris en 2010.
Alors il est bien possible qu’Internet ou l’informatique ne fonctionne pas exactement comme j’en parle... Mais là encore je m’en tamponne frénétiquement le coquillard, comme on disait jadis...
Dans mon histoire, mon héros doit bosser là dedans pour la suite du récit, et j’ai la flemme de m’informer sur le sujet.
‘’Mon’’ Internet me convient, et je m’en contente !

Histoire de Lambert,

Préparation suite,

 

Quand la partie technique de sa préparation fut terminée, que tout le matériel se trouva bien rangé sous une vieille bâche au fond de la cave du lieu le plus adapté qu’il ait pu trouver, Nicolas Lambert s’attela à se qu’il saurait le mieux faire : diffuser et faire connaître son plan via internet.
Bien sûr, il n’était pas question d’expliquer aux médias comment il finaliserait son projet, les détails pratiques devaient rester rigoureusement secrets, pire : la faisabilité du dessein, sa concrétisation dépendraient entièrement de cette condition.
La moindre fuite ferait s’écrouler le château de cartes qu’il allait devoir patiemment monter.
Non, ce qu’il allait faire connaître au monde entier ne serait que le fond, la substance, la réalité simple de cette idée qui lui était venue ce soir là sur le pont, juste avant de se laisser finalement emporter par l’eau glaciale de la Seine :

IL ALLAIT SE SUICIDER, certes, MAIS IL EN FAIRAIT PROFITER LE MONDE ENTIER !!!

Et son idée de génie était d’avoir trouvé un moyen imparable de se suicider, aux yeux du monde, sans que personne ne puisse l’en empêcher !
Il allait programmer sa fin pour une date et une heure et il tiendrait le journal de sa préparation, expliquerai ses motivations, pourquoi lui, Nicolas Lambert, un cocu total, un parmi des millions d’autres, n’avait plus aucune raison de vivre.
Il débattrait sur Internet avec la cohorte de ‘‘contres’’ mais sûrement beaucoup de ‘’ pour’’.
La date de sa mort s’était imposée d’entrée à son esprit, évidente, absolument logique : la veille du premier tour des présidentielles !
Cela lui laissait quelques mois pour développer son plan médiatique, en faire un phénomène internet. Peut-être que ça ne prendrait pas, l’apathie des gens semblait si profonde, mais il y croyait.
Sa connaissance du cyber monde lui laisser entrevoir le succès probable.
Quand aux conséquences, là, l’imagination devait prendre le relais mais Nicolas Lambert n’était pas très bien pourvu dans ce domaine. Il espérait juste que ça prenne et il verrait bien ensuite.
Il allait devoir organiser son réseau en prévoyant une trentaine de «noms de domaines » qui concernaient ou approchaient l’idée du suicide, de
« mourir, pourquoi pas », élégant,à « mourir pour pas en chier », plus précis, « mourir maintenant pour ne pas avoir à mourir demain », celui-là le faisait marrer, ou « votez mourir », un de ses favoris, et bien sur : « Sarko m’a tuer ».
Il fut surpris du nombre de concepts autour du sujet déjà déposés, rafla tout ce qu’il trouva de disponible.
Il ouvrit des dizaines de mails qu’il comptait soit utiliser soit laisser ‘dormants’, prévoyant que si son buzz prenait, il devrait déjouer les pièges des différents services officiels et officieux qui scrutent le net.
Il ouvrit des blogs, des sites Internet, se connecta à tous les réseaux sociaux, créa des centaines de liens, squatta les ‘chats’ les plus courants et les plus confidentiels, de Facebook à « mes bon trucs pour mon jardin ».
La dernière phase du plan consisterait à inonder les médias officiels : les journaux, radios et télévisions. Mais avant cela il fallait que la sauce prenne, qu’Internet s’emballe pour éviter la censure des grands médias, la concurrence féroce qu’ils se faisaient serait la garantie qu’ils ne pourraient passer à la trappe une info rapporteuse d’Audimat.

Et la sauce pris, bien au delà de toutes les espérance de Nicolas Lambert …

En quelques semaines la toile se mit à s’agiter, puis l’ébullition gagna tout le réseau, les connexions se multiplièrent de manières exponentielles.
Tous les internautes ne semblaient plus vouloir parler que de ça : Devait-il ou non se suicider ? Le monde était-il si inintéressant ? Vivre cette vie de nul, était-ce justifiable ?
Très vite deux grands courants d’opinion
s’affrontèrent.
La majorité trouvait scandaleuse l’idée de son suicide et surtout sa mise en scène sur Internet. On faisait appel à sa raison, à son sens moral. On lui parlait de Dieu, de l’enfer qui l’attendait, de ses responsabilités, de ses enfants.
On le menaçait d’être arrêté, d’aller en prison, d’asile psychiatrique et même de…Mort !
On réclamait des autorités qu’elles agissent, qu’elles ferment ces sites scandaleux, qu’elles les censurent. On réclamait une loi pour interdire de telles pratiques.
Mais ce qui surprit Nicolas Lambert fut l’importance de la minorité qui le soutint dés le début. Il ne s’attendait pas à une telle sympathie, voire d’empathie d’autant de frères en cocufiage.
Ils furent des milliers, puis des dizaines de milliers non seulement à lui répondre, à l’encourager mais à participer activement à sa campagne, à étendre les liens, les connexions vers leurs relations, leurs comités d’entreprises, leurs amis.

Fin janvier 2012,

Arnaud Beranger.

C’est un de ses plus jeunes conseillers qui signala a Sarkozy le cas de Nicolas Lambert et de son ‘buzz’ incongru sur la toile .
Arnaud Beranger, un garçon brillant, un des vrais ‘utiles’ de son cabinet, branché sur le monde moderne, pertinent dans ses avis, un des ‘favoris’ de Nicolas Sarkozy.

Il s’appuie sur ces jeunes pour essayer de saisir certains aspects de la société actuelle qui peuvent lui échapper, parfois. Il sait ne pas pouvoir compter sur ses troupes traditionnelles pour cela: les clips ridicules tournés par son parti, les lamentables lois anti-Internet voulues par son camp montraient à quel point ses soutiens politiques n’étaient plus en phase avec tout ces nouveaux médias, ce monde interconnecté, rapide, réactif.
Arnaud Beranger, lui, ‘en’ était, et il avait saisi d’emblée l’ampleur du problème que Nicolas Lambert allait leur poser.

Mais il eut beau faire, s’efforcer d’y mettre toute sa conviction, il ne réussit pas à faire partager son inquiétude par son chef.
Pour Sarkozy, Internet et tous ses cybernautes scotchés devant leurs écrans restaient quantité négligeable, ils ne représentaient rien électoralement parlant et pouvaient être ignorés.
De plus, leur media, Internet, ne l’avait jamais vraiment intéressé, lui restait étranger.
Pour lui, seul le contrôle de la télé était la vraie clef pour pouvoir convaincre les masses.
Il était persuadé que ces zombies étaient bien trop accros à leur monde virtuel à la con pour aller voter. Hors ce qu’il voulait, lui, c’est être réélu, rien à branler des glandeurs branchés…

Arnaud Beranger ne réussit pas à le convaincre qu’Internet était devenu un vrai media, et même le seul media pour des milliers de gens qui ne regardaient plus jamais la télé, ne lisaient plus de journaux (sinon sur le net), que les internautes étaient devenus une vraie force d’opinion, puissante et agissante, dangereuse si laissée sans contrôle.

Il n’obtint de Sarkozy que de suivre le cas Lambert de prés, à tout hasard.

-Je m’en tape de cette enflure, il n’a qu’a se flinguer si ça l’amuse, il y en a des milliers autant dans la merde que lui, et nous on bosse pour les aider, alors ne m’emmerdez pas avec ça !- Lui répondit-il, avec sa délicatesse habituelle.

Fin janvier 2012,

Le buzz.

Nicolas Lambert ne sort plus guère de chez lui, passant ses journées sur Internet à dialoguer, débattre, animer, répondre aux milliers d’internautes qui se passionnent maintenant pour son cas.

Il maigrit, sa mauvaise graisse fond, il flotte dans ses fringues.

Mais c’est parfait : être ‘’léger’’ ne peut que faciliter son plan !

Et puis sa faiblesse physique est compensée par une activité intellectuelle intense, nourrie par tous ces échanges d’idées. Il ne dort plus, devient fébrile, agité, excité.

Cela lui siée plutôt, son look s’améliore, mincir le rajeunit. Il a fait tondre ses cheveux épars, conserve en permanence une barbe de quatre jours qui le virilise. Son regard fiévreux lui donne un air un peu dérangé, mais plus profond, plus intelligent…

De fait, il se sent plus intelligent depuis qu’il découvre, parmi les tombereaux d’inepties qui remplissent ses mails, des notions, des idées brillantes qui ne lui seraient jamais venues à l’esprit, des concepts fascinants, tellement éloignes de son ancien mode de pensée, si l’on peut nommer

’’ pensée’’ les vagues brimborions d’idées qui traversaient son cerveau, avant…

Très vite des grandes tendances se sont dessinées parmi les opinions exprimées sur les forums.

La majorité des positions sont celles de ceux que Lambert a affublés du terme de ‘’croyants’’.

C’est de leurs rangs que proviennent la quasi totalité des insultes, menaces, invectives diverses et variées, souvent imagées, imaginatives, surprenantes, voire poétiques dans leur genre.

Mais toutes découlent grosso modo d’un même postulat : Lui, Lambert, n’est qu’un pêcheur, un paria, une insulte au genre humain, à Dieu, à la morale, à l’église, au Pays, aux ancêtres martyrs, à ses enfants, à la planète ou au cosmos !...

Donc il ira en enfer. Il est maudit, blasphémateur, prétentieux, égoïste, inutile (d’accord).

Pour qui se prend-il pour se permettre de jouer ainsi avec le don du ciel qu’est la vie ?

Et l’exemple qu’il donne à la jeunesse ? A ceux qui bossent, qui contribuent ? Qui en chient ?

Mais il y a aussi les ‘’gentils croyants’’, tous ceux qui voudraient le’’ sauver’’.

Ils s’échinent à vouloir lui montrer la beauté du monde, de la création, de l’univers, de Dieu, de Ron Hubbard.

Ils lui vantent la joie de faire partie du ‘’grand tout’’, le bonheur d’être utile. Ils lui parlent de fraternité, de son prochain, de l’amour, du destin (justement), des buts supérieurs, de la volonté suprême et divine qui nous échappe MAIS nous guide, de SA lumière universelle dans laquelle nous baignons tous et Lambert aussi .

La minorité, grosse d’un bon quart tout de même des opinions, est constituée par ceux qui le soutiennent et par les ’’neutres bienveillants’’ qui se passionnent tous pour le débat.

Ils argumentent, creusent, dissèquent le ‘’cas’’ Lambert, à savoir : Pourquoi et comment en 2012, un citoyen d’un pays occidental peut découvrir sa totale inutilité, sa totale remplaçabilite, en arriver à une telle non-existence, une telle transparence sociale, que vivre ou mourir, être là ou disparaître, n’entraîne plus aucune différence, aucun effet, qu’aucune conséquences n’en découle ?

Ca discute, dispute, argumente, contre argumente, le débat est passionné et passionnant !

Lambert est fasciné, emporté par tout ce qu’il découvre au fil des jours, toutes les questions que son cas soulève.

Si tel aspect du débat retient son attention un jour, il suit les échanges pendant des heures, se plonge dans des recherches pour approfondir le sujet.

Le lendemain il se passionne pour un autre point de vue.

Il est comme une éponge, il absorbe tout, il s’intéresse à tout.

Question 1

Un exemple des questions soulevées par des internautes futés qui retient l’attention de Nicolas Lambert, (et pour cause)

Quand, dans l’histoire de l’humanité, le mode de vie, le type de société qui permet l’existence des ‘’Lamberts’’ est-il apparu ?

Et par conséquent : Comment vivaient les humains d’avant ?

Puisque toutes les recherches sur le sujet démontrent que l’homo sapiens existe tel quel depuis des lustres,des centaines de milliers d’années, il est certains que nos ancêtres très lointains,disons 150 000 ans, avaient déjà les mêmes capacités cérébrales que nous, le même cerveau.

Qu’en faisaient-ils de tout ce potentiel de conceptualisation, d’imagination, de réflexion dans leur mode de vie ultra simple, facile, prévisible, véritablement sans souci, si ce n’est quelques préoccupations pour subvenir à leurs besoins vitaux.

Et tu parles d’un ‘’challenge’’ avec un outil pareil dans leurs crânes, si semblables aux notre !

Dans un environnement dépourvu de toute pression démographique, débordant de mets succulents qui ne demandaient qu’à se laisser attraper ou cueillir par des mains habiles, précises, commandées par des neurones performants

Il avait lu quelque part que le ‘’temps de travail’’ de cette époque n’était probablement que de 4 heures par jour.

A quoi diantre nos ancêtres occupaient-ils ces longs temps de loisir ?

Et surtout ne pas tomber dans le piège courant qu’il suffit d’observer des ‘’primitifs’’ actuels, une tribu isolée au fond de quelque jungle tropicale, pour trouver des réponses pertinentes à ces questions fascinantes.

Car toute tribu, même la plus ‘’sauvage’’, est contemporaine : Pas plus proche de ses ancêtres d’il y a 100 000 ans que ne l’est notre société occidentale.

D’ailleurs, leurs ancêtres étaient sûrement les notres également, n’importe quel féru en math démontre ça en quelques minutes.

Est-ce que les Lamberts existaient il y a 150 000 ans ?

Probablement pas,

Les sociétés de cette époque, à cause de leur taille réduite, ne pouvaient sûrement pas permettre l’interchangeabilité des individus, chacun devait occuper une place bien définie, un rôle, un poste.

Chaque disparition, chaque décès, devait sûrement être perçu, ressenti, constaté, géré par tous les autres membres de la tribu.

Il est même envisageable d’imaginer que chaque individu était véritablement irremplaçable, n’importe quel décès entraînant un bouleversement de l’organisation du clan, avec des conséquences imprévisibles pour son futur.

Début février 2012,

 

Renaissance.

La conséquence prévisible de l’engouement du public pour l’histoire de Nicolas Lambert fut que celui-ci ne pu s’empêcher de se re-intéresser à son environnement, aux gens, à la vie.
Car sa vie était redevenue, en fait était devenue, réellement intéressante, palpitante même.
Les heures passées à débattre, discuter, développer, et surtout écouter des arguments surprenants le passionnaient.
Il se rappelait, amusé, les discussions de repas entre collègues ou amis où chacun finit par parler (de soi) à un interlocuteur, sélectionné au milieu des autres juste pour son oreille réceptive, ou semblant l’être. Là, les arguments et contre arguments étaient lus, disséqués, retournés mais surtout compris par les autres participants, leurs pertinences ou spéciosités ne pouvant échapper à des milliers de jugements avisés, quand bien même s’ ils se trouvaient noyés au milieu de sentences péremptoires sans intérêt.
Et puis son nouveau statut de célébrité lui plaisait, il était suffisamment bêta pour être vaniteux et il en profitait outrageusement.
Il avait bien sûr attiré un tas de groupies sexuellement disponibles, femelles et mâles confondus, pour que sa vie sensuelle puisse redémarrer sur les chapeaux de roue.
Il en avait profité, mais assez curieusement il n’avait été que peu affecté affectivement par ces étreintes sans conséquence.
Pourtant il n’avait que l’embarras du choix, mais s’il y prenait un plaisir certain, son cerveau restait totalement monopolisé par sa suractivité cérébrale, par le but fixé, son cortex survolté ne se laissait parasiter par aucun sentiment superflu…

C’était comme s’il était devenu une machine à «être Nicolas Lambert », une sorte de robot humain, une fonction.
Il occultait la fin inéluctable de l’histoire, dans un tiroir bien rangé de son cerveau, cachée sous une pile d’autres préoccupations immédiates qui monopolisaient son attention.
Cette stratégie plus ou moins consciente lui permit de tenir le cap, de rester concentré sur les milliers de taches que son « organisation » nécessitait.
Il devint un vrai leader, un chef.
Il devait gérer, conseiller, orienter les milliers « d’enthousiastes désespérés » qui le soutenaient, le suivaient maintenant.
Il devait surtout empêcher l’excès de zèle de certains qui le pressaient d’en finir, voulant accélérer le mouvement, proposant de « s’y mettre » tout de suite, sans attendre la date fatidique du 1er tour de la présidentielle.
Mais Lambert tint bon, d’abord parce que ça l’arrangeait : Il n’était plus pressé du tout de mourir, sa vie actuelle lui plaisait et il n’avait aucune envie de l’écourter plus que nécessaire.
Ensuite, son ressentiment envers Sarkozy, son ancienne idole, s’était transformé en haine totale, profonde, noire.
Une haine froide, réfléchie, nourrie par les dizaines de débats, de témoignages de ses « Frères » en désespoir, tous ces trompés, aveuglés, éblouis par les miroirs aux alouettes du libéralisme débridé.

Donc, il était hors de question que sa mort ne serve pas aussi (et surtout) à pourrir la vie de l’Autre.

Il y eut bien quelques dérapages, quelques suicides anticipés qui vinrent perturber la belle mécanique du « mouvement Lambertien », menaçant de faire déraper et foirer toute l’organisation.
Les anti-Lambert, sautant sur l’occasion pour dénoncer ce qu’ils qualifièrent d’appel au meurtre ou de non assistance à personne en danger, traitèrent Lambert d’assassin, demandant aux pouvoirs publics de le poursuivre pour homicide.
Mais les partisans de Lambert étaient si nombreux, occupant tant de postes clés dans les médias, qu’ils réussirent à empêcher que ces incidents ne soient perçus comme tel, en bloquant la diffusion, contestant leurs arguments, ridiculisant les détracteurs, au besoin en les attaquant personnellement, étalant leurs vies privées ou n’importe laquelle de leurs fautes, turpitudes, perversions passées ou présentes.

 

Question 2

L’humain est physiologiquement un animal comme les autres, il ne se différencie que de part sa puissance cérébrale, ses capacités à conceptualiser, concevoir, inventer, élaborer, décider en fonction de…

Pourtant la plupart de nos relations entre individus, de nos buts, motivations, modes de vie, sociétés trouvent leurs raisons d être dans nos instincts les plus primaires, basiques, vitaux.
Nous sommes poussés par nos envies d’avoir des enfants, de posséder, d’être forts, ou par nos sentiments de peur ou d’amour, par l’instinct maternel ou grégaire, par nos comportements héréditaires génétiquement programmés : les tendances à l’imitation, à l’empathie, à la routine.

Tout cela n’est pas si différent de ce que vivent les autres animaux, à peine un peu plus élabore, et encore, toutes les études sur les comportements humains montrent à quel point nous sommes si semblables aux autres bêtes.

D’ou la question : A quoi ressemblerait un monde,une société strictement construite à partir de la seule capacité vraiment humaine,en interdisant tout ce qui pourrait altérer la faculté de penser : croire, défier, être amoureux, désirer…

Comment seraient satisfaits nos besoins vitaux, notre reproduction, si on ne laissait rien se décider dans nos vies sans passer nos choix au crible du tamis de l’intelligence humaine ?

Début février 2012

Carla

Sarko se détend, il s’est isolé dans son bureau, repoussant la réunion avec son staff de campagne à plus tard dans la journée.

Il a besoin de faire le point, réfléchir. Il faut qu’il imagine la meilleure stratégie pour ces élections.

Ça s’annonce mal, la courbe des sondages de sa popularité a encore plongée.

Une bonne partie de l’UMP se serait bien passée de sa candidature.

Le «clan FILLON » a poussé dur pour imposer son poulain.

-Pffff- Sarko ricane.- FILLON président ! Quels cons !- Il sait bien, lui, que la relative popularité du 1er ministre ne tient que parce que lui, Sarko est impopulaire. Un être aussi falot ne tiendrait pas trois semaines seul face à cette gauche ressuscitée, hargneuse, jeune et combative.

Il se repasse le film de ces cinq années de pouvoir. Qu’est-ce qu’il en reste au juste ?

Quelques réformes ou tentatives de réforme, du coté

politique, franchement, il n’a rien de Gaullien, son quinquennat...
Et pour lui, sur le plan perso, quel en a été le fait marquant ? Il n’a pas à chercher, la réponse s’impose sans ambiguïté ni contestation, évidente : Carla

La rencontre avec Carla aura été un des grands moments de sa vie...

Comme ils se sont ‘’ perçus’’ d’emblée, jaugés, compris, accordés.

Le mot « complice » prenant tout son sens, comme deux « larrons » complémentaires. Ils ont tout saisi l’un de l’autre, étant pareils sur le fond. Le même désir farouche d’être plus que leurs apparences, de créer leurs vies, sans dépendre de leurs origines, de leur milieu.

Carla avait décidé qu’elle ne pourrait atteindre ce but que par les conquêtes masculines. Toute sa vie, elle avait méthodiquement ’’exploré’’ toutes les pistes : les rock stars, les intellos, les politiciens. Elle savait qu’étant issue d’un milieu si riche, si aristocratique, à moins d’être un génie, (et elle ne l’était pas), elle serait toujours une dilettante, un peu mannequin, un peu chanteuse ou actrice peut-être, comme sa soeur, mais jamais au top.

Et ce soir là, quand Nicolas Sarkozy lui fut présenté, l’évidence qu’il allait être le couronnement de sa carrière, l’avait transportée.

Jamais elle ne s’était montrée si belle, si intelligente, si cultivée, si élégante mais aussi si modeste, si raffinée. Comment aurait-il pu résister, comment aurait-il pu avoir même l’option de résister, et pourquoi, d’ailleurs, aurait-il du résister ?

Alors ils s’étaient accordés, laissant les médias imbéciles inventer du romantisme, pire, de la romance, dans leur histoire tellement plus intéressante (et intéressée).

Ils n’avaient même pas eu besoin d’en rajouter (enfin pas tant que ça) dans le sirop. Le plus drôle ça avait été quand la presse « people » s’était prise à rêver (et faire rêver le bon peuple) à une maternité pour Carla, les voulant tellement tourtereaux…

.Carla un bébé... Sarkozy en rigole tout seul... Mais quels cons ! Elle ne peut pas piffer les gosses. D’ailleurs, comme lui, elle ne peut pas piffer grand monde. Les vieux, les gros, les crades, les pauvres, les cons, les gonzesses trop belles, surtout si elles sont grandes et à gros nichons, tout l’horripile.

vous Et puis, comme toujours avec la presse, il faut qu’elle fasse payer l’adulation qu’elle a elle même provoquée, en portant un tel ou une telle au nues, par une volonté tout aussi totale et irraisonnée de vous casser, de vous faire payer, juste retour des choses, bien fait pour ceux-la même qu’elle a tant encensé. Rechercher du crade, du sordide, quitte là encore à inventer des aventures extra conjugales, des infidélités mutuelles.

Infidélités ! Là encore le mot fait rire Sarko.
Mais quels cons ! Comme s’il pouvait y avoir entre Carla et lui des « infidélités ». Est-ce qu’on peut être infidèle à son alter ego ? A son double ? Comme si leur relation était une histoire de cul !
Ridicule, tellement grotesque.

Comment penser que Carla n’est avec lui, Sarko, énième de cette si longue suite d’amants, (et quels amants), pour juste ça, une histoire de... d’amour !

Comme si entre eux il avait jamais été question de quelque chose d’aussi... trivial.

Mais pour le peuple, enfin son électorat, il faut du compréhensible, du 1er degré, de l’image d’Épinal bien jolie, colorée, précise dans le trait. Il sait bien qu’il ne pourra jamais tenter d’expliquer la nature de sa relation avec Carla, si complexe en fait, si ambiguë.

Ceux qui seraient capables de l’appréhender ne voteront (s’ils votent !) jamais pour lui, justement ! Alors il a laissé les médias populaires inventer toutes ces fadaises, ils se sont même souvent délectés à jouer le jeu avec Carla, en rajouter même, renchérissant de zèle pour promouvoir cette image cul-cul la praline si payante (croit-il) parmi le «bon peuple ».

Il pense à elle avec une tendresse émue, compatissante.

Il l’aime de l’aimer LUI.
Bien sûr, pas le Nicolas Sarkozy fils de, ex mari de, père de.
Non, lui, Sarkosy président, le seul personnage digne d’intérêt pour elle et pour lui, comme si le vrai Sarko était né avec cette charge suprême, effaçant, annihilant, supplantant l’ancien petit politicard arriviste, opportuniste et obstiné...

On frappe.

Arnaud Béranger, le conseiller spécialiste d’Internet, entre.

- Il faut que je vous parle de l’affaire Lambert- monsieur le Président,- c’est vital-

- L’affaire Lambert ? - Sarko a un peu de mal à se remémorer l’histoire...

- Ah oui, cet hurluberlu sur Internet ? Il refait parler de lui ? -

- Non, monsieur le Président, il n’a jamais cessé de faire parler de lui. En fait son truc est devenu énorme, je pense qu’il va nous pourrir la vie, il est très dangereux. Il faut absolument que vous preniez conscience de l’ampleur du problème. Il est peut-être déjà trop tard. -

-Je vous écoute -

Et Arnaud Beranger raconte.

Question 3

Est-ce que la société capitaliste actuelle ne serait pas la plus ‘primitive’ de toutes, en réalité bien plus proche d’un fonctionnement basique animal; à savoir la transmission aux générations futures des gènes des plus aptes, des plus adaptés dans un environnement donné?

Est-ce que les sociétés basées, mues par une philosophie religieuse, (communisme et dictatures inclues), qui tendent à avoir un but, un élan ‘spirituel’, donc intellectuel, conceptuel, certes peu ‘intelligent’ mais gratuit, bien souvent contre productif en terme de ‘réussite de transmission génétique’, ces sociétés, non inventées pour assouvir des instincts basiques, mais des visées ‘supérieures’, sont de fait plus humaines
Au sens de ne pouvoir exister, de fait, que chez les humains ?
Le cliché de la fourmilière comme société communiste idéale est bidon.
La fourmilière, c’est le Capitalisme poussé à son paroxysme, à savoir : la réussite de la transmission du patrimoine génétique d’une élite (les reines et les reproducteurs) grâce au travail acharne (et à la réussite économique qui en découle), de non individus interchangeables (le peuple des ouvriers).

Le communisme, avec son utopie égalitaire et ses goulags éradiqueurs d’élite entraînant la destruction des meilleurs gènes, est le contraire absolu d’une fourmilière.
Toutes les sociétés d’insectes sont économiquement, prospères, rentables, pragmatiques, efficientes et résolument inégalitaires.

Début février 2012,

 

Récit de Beranger.

 

Et Arnaud Béranger raconte le succès rencontré par Nicolas Lambert parmi les internautes, pire, l’engouement, l’enthousiasme soulevé par son idée de suicide public, programmé pour la veille des élections présidentielles.
Des ‘ partisans ‘ ou simples sympathisants, voire juste des internautes curieux ont diffusé son idée sur la toile, chacun d’entre eux en connectant des centaines d’autres en un clic.
Il avait suffit de quelques jours pour que tout Internet ne parle plus que de ça, le débat s’organisant entre les pour et les contres, arbitré par les ‘’jeteurs d’huile sur le feu’’ professionnels du réseau.
Puis très vite le cadre d’Internet fut dépassé, les branchés en parlant à leurs parents, amis ou connaissances peu au fait des « buzz » qui agitent régulièrement la ‘ toile’.
Les autres médias, tous branchés sur le réseau, ne purent ignorer longtemps le phénomène et s’intéressèrent très vite à cet étrange Nicolas Lambert dont tout le monde commençait à parler.
Les journaux furent les premiers à l’évoquer, puis à carrément venir interviewer Nicolas Lambert en personne, lui offrant un nouveau moyen de diffuser sa ‘ pensée ‘.
En plus il n’était plus seul, il commençait à faire des émules. Des vocations se révélaient, des candidats au suicide se déclaraient chaque jour trouvant ses arguments pertinents.
Bientôt ils se regroupèrent, se rencontrèrent dans des cafés, des campus pour se déclarer solidaires de l’action de Lambert.
Ils se déclaraient prêts à mourir aussi, avec Nicolas Lambert s’il poursuivait son plan jusqu’au bout.
Cela ne manqua pas : quelques célébrités, artistes de cinéma, chanteurs, des écrivains rejoignirent les « Adeptes », certains essayèrent même de prendre le leadership du mouvement, mais les internautes tels des fourmis ne reconnaissant qu’une reine ne se laissèrent pas embobiner par ces bonimenteurs patentés.
Ils avaient les moyens, grâce à la toile, de dénoncer, ridiculiser, et écraser toutes tentatives de ce genre.
Et surtout, l’ampleur de la réponse des dizaines de milliers de gens montrait que Lambert avait simplement mais brutalement dévoilé un malaise profond, latent de la société qui ne demandait qu’un catalyseur pour se révéler au grand jour.
Les ‘promesses de suicide’, un genre de ‘Téléthon du désespoir’, avaient explosées en quelques semaines, toutes suspendues à la décision finale de Lambert.
Un événement aussi formidable ne pouvait rester ignoré des grandes chaînes de télé, d’autant que les petites chaînes câblées ou de la TNT ne s’étaient pas privées pour inviter Lambert à venir s’expliquer sur leurs antennes.
La première à se lancer, bravant les conséquences prévisibles de l’inévitable colère du pouvoir, fut bien sûr france3. Cette chaîne publique qui avait de toutes façons un vieux contentieux non réglé avec N. Sarkozy, n’en était plus à une menace près. Elle donna rendez-vous à Lambert vers la fin février 2012 pour une interview dans son journal national du soir.

Début février 2012,

 

Alerte.

 

- Voilà, nous en sommes là monsieur le Président, je vous assure que le problème est sérieux, plus que ça : si ce type passe à la télé sur la 3, nous courrons à la catastrophe, les conséquences seront imprévisibles et j’en ai peur cataclysmiques -.
Sarkozy est plus alerté par le ton véhément de son conseiller que par sa description de la situation. Il a encore du mal à bien appréhender les implications du cas Lambert. Mais il a confiance dans le jugement de Béranger et il se laisse impressionner par son inquiétude.
- Bon qu’est-ce que vous préconisez ?
-Il faut l’empêcher à tout prix de passer à la télé, s’il pourrit la tronche à des millions de gens, c’est la révolution !
-Bigre la révolution, rien que ça !
Sarko ne peut s’empêcher d’ironiser…
- Croyez-moi monsieur, je sais de quoi je parles, ce type a un pouvoir de nuisance qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, priez Dieu (Béranger essaie de faire vibrer la corde superstitieuse, c’est parfois payant avec Sarko), pour que nous n’ayons pas l’occasion de le vérifier et faite interdire son passage à la télé !

-Ok. J’appelle.

Mais un vent de fondre soufflait à la télé publique et surtout à la 3ème chaîne depuis plusieurs années.
Les manœuvres grossières de l’équipe présidentielle pour essayer de contrôler totalement les télés publiques avaient révolté beaucoup de responsables-clés, et surtout à France 3.
Non seulement le directeur de l’info de la chaîne refusa d’abdiquer mais il défia l’Elysée en menaçant de signaler publiquement les pressions et les menaces reçues par son service à l’occasion de cette interview.
Quand Sarko apprit personnellement à Arnaud Béranger le refus d’abdication de la chaîne publique, sa réaction fut choquante, effrayante même venant d’un garçon d’habitude posé, mesuré :
-Il ne nous reste plus qu’à le tuer monsieur le Président - dit-il, se jetant dans un fauteuil, accablé.
- Comme vous y allez, on ne tue pas les gens comme ça, je suis pas Fabius ! -
Fine allusion à l’affaire du Rainbow Warrior, toujours l’impossibilité pour Sarko de s’empêcher d’ironiser, même dans les pires moments.
Béranger lève la tête, dévisage Sarkozy, son regard est brillant, exalté, fixe :
-Mais je suis sérieux monsieur le Président !-
-Allez vous reposer Béranger, vous craquez, et j’ai besoin de vous. -

Mais après le départ du conseiller, N. Sarkozy relut enfin les notes de Béranger et commença à mesurer l’ampleur du danger représenté par le cas Lambert

Question 4

Beaucoup d’intervenants croyants, dans les débats qui font rage autour du ‘cas Lambert’ contestent violemment son droit au choix de se ‘donner la mort’, seul Dieu pouvant te retirer ce qu’il t’a donné, tout ça…

Mais d’autres pour les mêmes croyances, en tout cas au nom du même Dieu, ou de son cousin, déclarent qu’un tel blasphémateur devrait être livré au bourreau et périr sur le bûcher !

Des internautes malicieux font alors un parallèle intéressant qui amuse beaucoup Nicolas Lambert : au fil de l’histoire, les crimes pour lesquels on méritait la mort se sont réduit comme peau de chagrin, pour ne plus concerner que les pires assassinats, même chez les plus farouches partisans de la peine capitale.

Hors il en va de même de la ‘compétence’ de Dieu.

Son ‘champ d’intervention’, son ‘domaine d’action’, les raisons pour lesquelles on pouvait (et devait) invoquer l’aide divine s’est lui aussi réduit au fil du temps, remplacé par le plus pragmatique et efficace progrès technique (plus personne ne prie pour faire pousser ses rosiers, tout le monde achète un peu d’engrais).

Nicolas Lambert n’arrive pas à relier ces réflexions à son ‘cas’, mais il a l’intuition que le lien de cause à effet doit exister quelque part, peut être dans le fait que la vie, pourtant si précaire et si pénible des temps historiques anciens, devait peut être paraître le seul bien précieux, cadeau d’un Dieu puissant et omniprésent, que l’on devait préserver à tout prix, dans un monde hostile ou il était si facile d’en être privé, exactement le contraire d’une vie à rallonge d’un Lambert, tellement peu précieuse que le seul intérêt qu’il y a trouvé lui est apparu en décidant de la perdre?

Mi-février 2012

Première télé.

Et Nicolas Lambert passa pour la 1ère fois sur une télé nationale. Ce ne fut que la première d'une longue série de passages sur toutes les autres chaînes par la suite, mais c'est celle qui le marqua le plus profondément.
D'abord, la journaliste mis les menaces de la chaîne à exécution en lisant un long avertissement, en préambule à l’interview, parlant des pressions subies, des tentatives de l'exécutif pour museler la rédaction, du chantage à l’emploi dont les journalistes avaient étés victimes s'ils laissaient N. Lambert s'exprimer. Puis elle questionna Nicolas longuement (enfin c'est l'impression qu'il en garda) sur lui, sa motivation, le sens de son action, mais avec une certaine compréhension, sans ironie, presque de la sympathie.
Il fut agréablement surpris et du coup sa prestation s'en ressenti, il se trouva même plutôt bon.
Son nouveau look émacié l’avantageait, il s'était bien sapé, il avait les moyens avec tous les dons qui affluaient.
Il avait toujours su parler en public, il n'était pas timide et le débat sur Internet qu'il animait depuis des semaines lui avait permit de combler bien des lacunes culturelles, au moins en partie et c'était sûrement suffisant pour une interview télé.

Vers la fin de sa prestation, les journalistes le branchèrent en duplex sur un invité ‘surprise’. Lambert vit apparaître avec stupéfaction son fils Pierre, qui avait été le seul de la famille à accepter d'intervenir en direct pour cette occasion.
Il ne l'avait plus vu depuis si longtemps qu’il découvrait un grand jeune homme presque étranger, assez banal, mal rasé, un peu boutonneux et mal fringué, il ne l'aurait pas reconnu au milieu d'une bande de jeunes quelconques.

Un journaliste lui posa la question :

- Votre père a émit le projet de se suicider en direct, que voudriez-vous lui dire ce soir ? -

-Ben je sais pas trop...c'est une drôle d'idée...-

- Vous ne voulez pas profiter de cette occasion pour lui dire que vous l'aimez ? Qu'il vous manquera s'il va jusqu'au bout ?-

- Ben c'est sûr, il me manquera, je pense... -

-Tu parles Charles,- pensa Lambert, - t'as l'air concerné tiens !-

La non réaction de son fils ne le surprit pas, elle était tellement dans la logique de l'époque actuelle...

Il pensa que cette apathie était parfaite pour son plan, que cela rajoutait une ‘couche’ d'arguments ‘pro suicide’ ...

- C'est tout ce que vous voulez lui dire, un dernier mot peut être ? -

Pierre haussa les épaules, l'air pas très à l'aise, hésitant,

-En fait...je voudrai dire...ouais un dernier mot : Papa, t'as raison, putain, t'as raison, t'es qu'une merde, t'as eu une vie de merde, personne t'aime, on est tes enfants et on est comme toi, on va avoir la même vie que toi, c'est la merde et j'en chie déjà ! Adieu, courage !-

Son regard n'était plus indifférent pendant qu'il parlait mais perçant, intelligent, complice...

Nicolas Lambert comprit qu'il était enfin devenu quelqu'un pour ce fils qu'il avait si peu connu.
Il en était soufflé, sidéré, et heureux.
Il comprit que Pierre venait de lui donner son feu vert pour aller jusqu'au bout, son approbation.
Son action du coup prenait à cette seconde du sens, encore plus de sens, devenait un vrai combat politique.

Impact télé.

L'effet produit sur les téléspectateurs fut énorme, phénoménal.
Les quelques millions de personnes qui venaient de vivre l'événement en direct furent sous le choc pendant plusieurs jours, ne parlèrent plus que de ça entre eux, et avec ceux qui avaient manqué l'événement.
Évidemment les autres chaînes se précipitèrent pour inviter Lambert.
Sa boîte mail croulait sous les rendez-vous, les demandes d'exclusivité.
La lame de fond Lambertienne était en train de grossir, s'amplifier et allait bientôt déferler sur le pays, l'emporter et le retourner dans les remous tumultueux d’un tsunami mental qui allait reléguer tout autre événement politique au niveau anecdotique.

Samedi 22 avril 2012,

Elysée.

Nicolas Sarkozy sent la rage monter de nouveau, il bout de l’intérieur, il n’en peut plus d’avoir eu à subir toutes cette incompétence, aucun de ses ministres n’à été foutu de lui proposer une mesure efficace pour contrer le Lambert, rien.
Et comment l’auraient-ils pu ? Il doit bien reconnaître qu’ils ont tout tenté : les campagnes de presse des journaux amis, s’efforçant de montrer Lambert comme un opportuniste, arriviste, escroc qui ne recherche que sa notoriété personnelle, un gourou, un illuminé , évidement de gauche ou manipulé par elle, cette gauche honnie..

Puis la même rengaine servie par les télés privées, montrant, ‘preuves à l’appui’, fabriquées par les barbouzes de la DST, des ‘connivences’ entre Lambert et des mouvements clandestins d’extrême gauche.

Ils ont essayé l’angle légal, ordre donné aux procureurs d’entamer des poursuites pour tous les crimes et délits recensables à l’encontre de Lambert.

Pour finir, toutes les tentatives furent lancées pour essayer de bloquer les accès Internet des ‘Lambertiens’, de l’interdiction de leur site aux coupure de connexion ou de courant.

Mais toutes ces mesures s’avérèrent inefficaces, pire, elles se montrèrent contre productives, contribuant à renforcer le mouvement, à le structurer encore plus !

Les partisans ou sympathisants de Lambert, devenus si nombreux et étant si variés, occupant tous les secteurs d’activité, toutes les couches sociales de la société, présents dans toutes les administrations, toutes les institutions, l’armée et la police n’étant pas épargnées, n’eurent aucun mal à contrer, détourner, bloquer, toutes les attaques et les tentatives du pouvoir visant à stopper Nicolas Lambert.

Les Lambertiens en sortaient chaque fois plus organisés, structurés, efficaces, ramifiant leur réseau, multipliant leurs contacts, devenant toujours plus réactifs, plus prompts dans leur riposte.

Ils étaient devenus un casse tête pour l’exécutif Sarkozien qui buttait sur ces barricades

‘pro-Lambert’.

Il y avait toujours un Lambertien pour saper une mesure, saboter un plan d’attaque du pouvoir. Comment se défendre, contre attaquer un fanatique néfaste, quand un greffier ou même un procureur complice égare une plainte, quand un capitaine de gendarmerie ou de police ne met aucun zèle pour faire exécuter des ordres, quand des fonctionnaires ou des employés oublient d’appliquer des consignes ?

Ainsi les tentatives de plainte, de coupure d’Internet, d’électricité, de téléphone portables avortèrent toutes lamentablement.

En revanche, l’opinion publique sur-informée par de redoutables Lambertiens, disposant de moyens considérables, Internet en premier lieu pour relier et fédérer les sympathisants, mais aussi les journaux et les hebdos non sarkoziens qui, s’étant laissés séduire par le mouvement, en profitèrent pour augmenter leur tirage, drainant ainsi de nouvelles recettes publicitaires, une des conséquences paradoxale de ‘l’effet Lambert ‘.

Les télés ouvrirent leurs antennes : les petites chaînes privées pour là encore faire de l’audience et engranger de substantielles recettes publicitaires, les grandes chaînes publiques profitant, elles, de l’occasion de se démarquer du pouvoir.
Après que France 3 eut donné le ton en interviewant Nicolas Lambert, la deuxième chaîne suivie, faisant fit des consignes de boycott de l’Elysée.
L’audimat explosa pour suivre un grand débat où Lambert fut confronté aux leaders des principaux partis politiques.

Question 5

Chez les animaux en général et chez ceux à sang chaud en particulier, la sélection des males dominants s’opère grâce à un ensemble de signes visuels, olfactifs, comportementaux et, le plus souvent par la somme des trois.
Ces caractères virils sont tous dus, stimulés ou inhibés selon les individus, par le dosage subtil d’un cocktail d’hormones, testostérone en premier.
Après quelques éventuels combats pour établir la hiérarchie, la caste des males dominants est clairement identifiable, objective et visible.

Il ne peut pas exister de cas de male dominant qui ne soit idéalement pourvu du meilleur cocktail en question.

Donc : Ou on est bien dosé en hormones ad oc et on deviendra sauf accident un male dominant, ou on en est dépourvu et on ne le sera jamais. (Ce qui n’empêche pas les copulations opportunistes souvent fécondes de males dominés, mais ce n’est pas le sujet).

Dans nos sociétés humaines, la hiérarchie male dominant-male dominé perdure, mais notre intelligence a chamboulé les codes d’établissement de l’échelle, le panachage hormonal est devenu secondaire, remplace par des critères sociaux, tout aussi lisibles pour nos femelles mais beaucoup moins naturels.

Cet état de fait est parfaitement illustré par l’attirance sexuelle que procure la richesse et la célébrité.

On ne verra jamais un très riche et-ou très célèbre pleurer tout seul, abandonné dans son coin.
Même s’il est moche, vieux, bête ou méchant, l’attractivité de son compte en banque ou sa notoriété permettra toujours à quelque femelle *de surmonter la répugnance naturelle qu’il devrait lui procurer.

Nulle histoire d’hormones la dessous, ils peuvent être autant dépourvus de sex appeal qu’une flaque d’eau, ils sont attractifs quand même.

Allons plus loin, ils ne seraient souvent pas foutus d’assurer une quelconque descendance à leurs partenaires, pervertissant ainsi le sens de la fonction du male dominant, qu’ils détournent vers des buts stériles, au sens strict.

Prenons deux exemples de males dominants fréquents dans le monde actuel.

Un premier très pauvre, né dans un environnement défavorable, pourvu d’une intelligence à peine moyenne mais d’une santé de fer, bien foutu mais pas très beau, doté de l’assortiment hormonal de rêve, pourvu d’une virilité de taureau de concours, le male dominant idéal de toute autre société à une autre époque.
Il n’occupera sans doute jamais sa fonction naturelle, son succès reproductif dépendra d’un tas de facteurs sans rapport avec son potentiel personnel.
On peut même supposer qu’il puisse en souffrir inconsciemment, ses instincts jamais assouvis perturbant son fonctionnement cérébral et sa vie affective.

Prenons maintenant le cas du male hormonalement déficient, physiquement insignifiant, guère plus intelligent que l’autre mais né assez riche pour être de fait un dominant toute sa vie, comment se sentira t-il à cette place ? Qu’en fera t-il ?
Et sa descendance, si elle existe, probablement aussi médiocre que lui, à quoi servira t-elle ?

Notre société libérale, qui suit si fidèlement nos motivations instinctives naturelles, abouti ainsi très souvent à des impasses complètement improductives en terme de succès évolutif, et c’est un des paradoxes qui passionnent Lambert.

Il est aussi amusé par la réflexion d’une internaute sur ce sujet, à savoir :

Les femelles humaines, elles, ont toujours le même rôle dans cette histoire :

Faire le tri parmi les males pour déterminer les dominants, et quels que soient les critères ou le type de société, elles savent toujours s’adapter très vite pour les trier !

Lui ne se fait pas d’illusion sur sa propre place dans la hiérarchie, mais il se demande bien quel genre de male dominant l’Autre peut être.
Plutôt hormone ou plutôt situation ?
Il veut bien lui accorder le bénéfice d’une réponse probablement compliquée, le personnage étant complexe à n’en pas douter.

Fin mars 2012,

Préparation du débat.

Les jours et les heures précédant le débat, la préparation de Nicolas Lambert fut méticuleuse, quasi scientifique, avec l’aide de tous les meilleurs coachs disponibles, sélectionnés parmi des myriades de supporteurs enthousiastes, galvanisés par ce grand moment, tous désireux d’apporter leur soutien et leur aide, leur contribution en somme à l’affrontement télévisé.
Des chercheurs, des philosophes et des historiens développèrent des thèses passionnantes, creusèrent, disséquèrent chaque point d’opinion.
Rien ne fut laissé au hasard, tous les arguments contraires furent examinés, envisagés et reçurent des réponses adaptées, rassemblées et résumées dans un « petit manuel » numérique que Lambert pourrait discrètement consulter à tout moment pendant les échanges.

Son look fut confié à une équipe de choc, composée des meilleurs costumiers, coiffeurs et maquilleurs du show bizz.

On lui choisit un costume gris anthracite, en cachemire-lin-soie, soyeux, léger, une merveille d’une élégance folle, mais un poil trop grand pour qu’il flotte idéalement autour de son corps amaigrit.

De plus, on le froissât, juste ce qu’il faut pour donner ce coté un peu négligé, genre : ‘’Je suis détaché de tout, m’est égal ce que je porte’’.

On lui coupa les cheveux bien ras, mais en prenant soin de ne pas créer de lignes nettes, comme s’il s’était fait raser le crâne quelques temps plus tôt.

Sa barbe d’une semaine soulignait d’une ombre foncée ses joues creuses, mais atténuait l’impression négative de mollesse due à son esquisse de double menton un peu fuyant.

Les maquilleurs se surpassèrent. D’abord, ils lui blanchirent les dents, très important pour lui éviter tout aspect maladif. Par contre, avoir l’air fatigué était primordial : on accentua ses cernes et on travailla son teint pour augmenter sa pâleur.
On lui implanta des faux cils pour adoucir son regard, et on lui apprit à cligner des paupières avec lenteur, afin d’utiliser l’accessoire de façon optimale.
On lui injecta un collyre spécial pour dilater ses pupilles et faire briller ses yeux pour augmenter l’empathie du public envers lui.

On lui montra comment se tenir bien droit sans avoir l’air guindé, comment marcher et bouger avec lenteur mais souplesse, avec ampleur mais précision.

C’est un Lambert de choc qui se présenta le jour du débat dans le grand hall de France 2, entouré de son équipe au grand complet.

Fin mars 2012,

Débat télévisé.

Nicolas Lambert fut accueilli comme une star par les producteurs du show.
On lui présenta les animateurs du débat, un homme et une femme bien connus des téléspectateurs, vieux roublards de ce genre d’émission, surs d’eux et un rien condescendant envers Lambert.

Il se sentait intimidé et un peu perdu, mais toutefois moins qu’il ne l’avait craint, il commençait à être rodé à ce genre d’exercice sur d’autres chaînes moins prestigieuses.
De plus il était idéalement drogué, ayant absorbé le meilleur cocktail de substances calmantes mais stimulantes, parfaitement dosé par ses partisans médecins.

On l’introduisit sur le plateau, éclairé à giorno, au décor sobre.

La foule des ‘lambertiens’ qui squattait les bancs réservés au public, l’applaudit, un technicien décompta les secondes les séparant de l’émission du direct et l’émission commença.

L’animatrice en chef présenta chaque invite.

Il y avait, autour de la vaste table ovale, un représentant de chacun des principaux partis politiques et des principales religions, un sociologue, une philosophe et Lambert, placé stratégiquement face aux deux journalistes et séparé d’eux par les invités.

Cette disposition n’était pas fortuite, Lambert se trouvant ainsi comme un accuse faisant face à une sorte de tribunal.

Il fut le dernier à être présenté, par un petit reportage tendancieux, résumé de sa vie et de sa brève carrière médiatique, suggérant qu’il ne serait qu’un personnage médiocre (vrai), juste en quête de notoriété (faux, ils allaient voir !).

Puis, la présentatrice pris la parole :

-Avant de passer la parole à nos invites, je voudrais vous poser la, ou plutôt les questions que tout le monde se pose à votre sujet, monsieur Lambert : Que recherchez-vous au juste ? Que signifie votre action ? Certains pensent que vous faite tout ça au profit de quelqu’un, qu’en est-il ?-

Et Lambert répondit, à ces questions et à beaucoup d’autres, pendant plus de deux heures.

Ils avaient, lui et ses coachs, décidés d’adopter une stratégie simple et facile à suivre : ne répondre que s’il trouvait une réponse pertinente et de ne pas se laisser entraîner dans des impasses sémantiques.
De recentrer systématiquement le débat sur lui même, sur ses motivations, et essayer d’exploiter chaque argument de ses adversaires en les retournant, pour expliquer et justifier son action.

Ainsi,il répondit qu’il ne pouvait rien chercher à trouver ni à prouver, puisque son action ne pouvait avoir d’autre justification que de ‘’la faire’’, dans un présent total, sans escompter ni résultats, ni conséquences, ni suite pour lui, puisque la fin, SA fin, était programmée, et qu’il ne serait plus la pour voir les éventuelles suites.

Pour cette même raison, il ne pouvait être télécommande par personne, son absence de but était pure, il le répétait, le martelait, il serait bientôt mort.

La seule justification de tout ça, était justement l’absence de toute signification, de finalité.
Il le faisait pour le faire, et jusqu’au bout, et le finir, SE finir !

Pour répondre à une autre question,sur l’intérêt de vivre,de participer à la société blabla, il développa une de ses réflexions préférée du moment sur «l’illusion de l’individualité » de ses semblables,les interchangeables qui n’est due qu’a une fonction physiologique humaine, aussi basique que la digestion :la conscience.

Cette illusion disparaît avec eux, à leur mort, leur existence étant complètement oubliable et oubliée, sans effet sur le reste du monde, si ce n’est, parfois, l’entourage proche.

Le représentant d’un parti d’extrême gauche lui déclarant qu’il –« comprenait son combat contre cette société ou quelques puissants jouent avec la majorité des citoyens comme s’ils étaient des pions interchangeables sur un échiquier »-, il lui rétorqua que, en fait, la comparaison ne tenait pas, car sur un échiquier, la disparition d’un simple pion, peut faire basculer la partie, ce qui est loin d’être le cas dans notre société.

Un intervenant revenant sur le ‘’sens’’ de tout ça, il joua sur les mots. Il fit remarquer que son action ne pouvait pas avoir de ‘’sens’’, donc de ‘’direction’’, qu’elle ne pouvait être que ‘’ponctuelle’’, une parenthèse qui se refermerait avec sa mort.

IL en rajouta une couche insistant sur l’impossibilité, pour lui, de ne pas aller jusqu’au bout, d’arrêter tout, puisque le seul ‘’sens’’ de sa vie, dorénavant, était justement d’en finir avec elle, ce qui était ‘’insensé’’, haha, et se mordait la queue, et le privait de choix.

(Là, il sentit bien que certains de ses interlocuteurs étaient un peu largues, sauf la philosophe qui se pissait dessous de rire, au sens propre, elle quitta précipitamment la table a la fin de l’échange).

Il en remit une couche, expliquant que s’il arrêtait, il serait vite oublié, retournerait à l’uniformité grise, alors qu’en allant jusqu’au bout, certes, il disparaîtra mais qu’il existera encore longtemps (et allez donc, prenez ça !).

Tout ça dit sur un ton égal, presque indifférent, surtout ne pas montrer sa jubilation !

Le débat dérapa comme prévu et espéré par Lambert sur le terrain politique, chaque politicien présent tentant de tirer le meilleur parti du ‘’cas Lambert’’

. (Tiens, j’aurai du le nommer Lambourt !)

La gauche s’empressa de le décrire comme la victime typique de la politique ultra-libérale du président actuel et de son gouvernement, ce qui était juste,
le représentant du Parti Socialiste tirant un voile pudique sur des années de politiques tout aussi libérales mais de ’’gauche’’, des gouvernements précédents.

Le Front National, représenté par sa nouvelle présidente, n’ayant naturellement aucune sympathie pour son cas, regrettant amèrement de ne déceler aucune trace de bronzitude chez Lambert, choisit la voie de la stigmatisation outrancière. Elle décrivit Lambert comme le résultat typique de l’avachissement et la ‘’minablisation’’ du peuple français, consécutif à l’abandon des valeurs traditionnelles, dans une France livrée au cosmopolitisme, a la globalisation et à l’islamisation galopante, ouf !

Mais l’intervention qui valida magnifiquement les propos que Lambert avait tenu pendant toute l’émission, fut celle du représentant de l’UMP.
Pour tenter d’exonérer son parti et son chef suprême de toute responsabilité dans la situation de Lambert, il essaya de démontrer qu’elle serait pire, (il serait déjà mort ?) si la gauche avait été au pouvoir !

Lambert faillit éclater de rire devant la mine déconfite du politicien quand il réalisa ce qu’il venait de dire ! Une qui ne se retint guère par contre, fut la philosophe qui se précipita pour un second voyage vers les toilettes, secouée par une nouvelle tranche d’hilarité incoercible. Lambert se dit qu’il avait du se faire une copine, ce soir.

Enfin, les animateurs remercièrent les participants, sous les applaudissements nourris des Lambertiens enthousiastes, anciens et nouveaux convertis. Nicolas Lambert les remercia d’un sourire humble, modeste, comme s’il s’excusait presque d’avoir été relativement convaincant

En fait il jubilait, tout s’était déroulé encore mieux que prévu, son triomphe était total !

Il savait qu’il venait de gagner une notoriété, une envergure politique telle, qu’il allait être placé hors de portée des attaques futures, il devenait intouchable, totalement maître de son destin.

Début avril 2012,

Regrets de Sarko.

Nicolas Sarkozy repense à l'avertissement du conseiller Béranger, prémonitoire et hélas si pertinent.
A son conseil délirant aussi, de tuer ce connard de Lambert ! Il aurait dû l'écouter, ils n'en seraient pas là aujourd'hui, ils n'en seraient pas là, tous, à échafauder des plans, des stratégies « anti-Lambert », à faire des réunions, convoquer les cadres de l'UMP, les parlementaires, les préfets, tous les flics, les officiels et les secrets, les écouteurs, les filmeurs, les espionneurs variés, trieurs de « mails », descripteurs de « chats », tous ces pros du renseignement, n'ayant tous plus qu'un seul but : contrer Lambert et ses émules, empêcher que la campagne présidentielle soit totalement avalée, engloutie, phagocytée par le « problème Lambert ». Bien sûr, l'opposition ne s'est pas privée de politiser le « combat » de Nicolas Lambert, enfonçant le clou de la responsabilité personnelle de Sarkozy dans l'existence du cas Lambert.
Il est le résultat de sa politique inhumaine, de sa vision du monde ultra libérale, de son mépris des gens modestes, des travailleurs, des exclus, et patati et patata, sornettes néo marxistes antédiluviennes... Ha les cons! Mais ils s'étaient bien fait niquer, même la gauche avait perdu pied devant le nihilisme triomphant des « Lambertiens », irrécupérables et non réactifs à toutes tentatives de « positivisme », nécessaire à toute idée de gauche, de la plus tiédasse socialisade à la plus féroce trotskisure...

Nicolas Sarkozy regarde sa belle montre.

- Faut y aller- pense t-il - peut être qu'un de ces ânes bâté aura une idée aujourd'hui. Il serait temps, il ne nous reste qu’un mois pour stopper cet enculé. Mais pourquoi je l’ai pas fait flinguer quand il était encore temps ? Pourquoi j’ai pas écouté Béranger ? Je vieillis ou quoi ? Mais quel con ! Pas possible d’être aussi con !-

Il se dirige vers la salle ou se tient le conseil des ministres en grommelant, plongé dans ses regrets, s’invectivant et s’auto-flagelant.
Un huissier lui ouvre la porte de la salle du conseil et l'annonce :

- M. Le Président de la République-

Ils se lèvent tous pour l'accueillir.

 

Plein d’autres questions.

 

Pour permettre l’existence d’un Sarkozy, combien de Lambert sont nécessaires, masse informe de non individus votants (là j’envoie très loin le bouchon, je trouve, le ’’non individu votant’’ faut oser…et j’ose !), mais participants à l’entretien d’une société démocratique indispensable pour ‘’fabriquer’’ un Sarkozy, pour créer les conditions initiales à la conception, l’enfance, l’éducation, l’environnement qui entraîneront la volonté farouche d’être Sarkozy ? Pour réussir à le devenir en s’extirpant hors de l’anonymat, malgré son physique ingrat et antipathique.
Pour se faire admettre, reconnaître, devenir indispensable puis incontournable et finir par donner l’illusion à des milliers de Lamberts qu’ils pourront accéder, eux aussi, en votant pour lui, à ce quelque chose de plus, cette possibilité d’être reconnu, d’être quelqu’un.
A quelle époque historique a t’on franchi le seuil ou les INDIVIDUS ont basculé dans la MASSE ?
Est-ce arrivé par la croissance démographique, par ‘’l’évolution’’ technologique ou culturelle, ou la combinaison de tous ces facteurs qui vont de pair ?
Quand la mort est elle devenue inégale ?
Quand la société a t’elle pu se passer de plusieurs de ses membres sans que ses fondements en soit ébranlés ?
Quand les effets de la disparition d’un seul humain, ressentis par tous les autres membres de la société, ont’ils commencés à être un privilège réservé à une élite ?
Ces questions fascinent Nicolas Lambert.
Il passe des heures à s’informer, apprendre, discuter sur ces sujets et sur d’autres.
L’histoire de l’évolution et le darwinisme le captivent, La découverte de faits inconnus pour lui, l’entraînent dans des tourbillons de pensées.
Exemple : N’importe quelle bactérie actuelle a la même durée d’évolution derrière elle que nous. Mieux : vu sa vitesse de reproduction par dédoublement, le nombre de ses ancêtres, donc ses possibilités de mutations, sont des millions de fois plus élevées que les notres. Hors, elle est toujours une bactérie, parfaitement adaptée à son milieu, fonctionnelle, parfaite, transmettant son ADN à ses ‘’filles’’ aussi bien que n’importe quel humain, n’importe quel Lambert. Sauf que lui est conscient de son interchangeabilité avec n’importe lequel de ses clones sociaux.
Quatre milliards d’années pour en arriver là, y’a pas de quoi se pavaner !

Fin avril 2012,

 

Conseil de guerre.

Nicolas Sarkozy s’assoit, suivi par ses ministres.

-Messieurs, l’heure est grave. Je vous ai réunis car nous devons trouver une solution au problème Lambert, il FAUT que cette ordure cesse de nous pourrir la vie, j’attends de vous des solutions !

Monsieur le Premier Ministre, je vous écoute ! -

Ho comme il peut plus le blairer ! Cinq ans à se supporter ce croque-mort mollasson, tu parles d’un boulet !

-C’est à dire que le cas est ardu à résoudre, monsieur le Président…

-Oui, merci j’avais remarqué, c’est peut être un peu pour ça que je vous ai convoqué, non ?-

-Oui, bien sur, c’est certain, heu, oui, et bien nous avons tout d’abord essay d’empêcher Lambert de propager ses idées néfastes…

-Mais ?-

-Mais c’est impossible, Nicolas, (il fait exprès de l’appeler par son prénom pour le foutre en rogne, ce genre de familiarités en public étant censées être réservées à Sarko exclusivement), le tollé soulevé dans tout le pays et même hors de nos frontières est ingérable : ‘’L’atteinte inqualifiable a la liberté d’expression’’, ‘’les principes de liberté bafoues au pays des droits de l’Homme’’, ‘’la France rétabli la censure pour se protéger d’un original’’, et j’en passe !

Des gouvernements et pas des moindres nous ont critiqués, guidés par les Anglais qui ne ratent jamais une occasion pour nous enfoncer, vous le savez. L’Allemagne a suivi, et d’autres, même le parlement Européen s’en est mêlé.
Obama a fait remarquer que cette sorte de censure ne pourrait jamais exister en Amérique, pays qui ne badine pas avec la liberté d’expression !

Nous passons pour des oppresseurs, un état contre une seule personne, nous sommes ridiculisés de partout !...

-Donc, nous pouvons rien faire pour l’empêcher de nuire, d’inciter les gens au suicide, au nihilisme, à la mort ?-

-J’en ai peur, monsieur le Président, il ne fait rien d’illégal, il parle en fait juste de lui même, de son propre cas, il n’incite personne à le suivre ou à l’imiter. Il n’incite personne au suicide, il n’en fait pas l’apologie, il explique pourquoi lui veux le faire, et c’est hélas son droit –

-Et du coté des flics, ils ont quelque chose contre lui ?-Sarko interpelle directement le ministre de l’intérieur.

-Rien, M. le Président, ce que dit Lambert est vrai, c’est un cocu, un vrai ! Sa femme l’a trompée puis quitté, il a été viré de son job, mais il n’à jamais rien fait en dehors des clous.

Quelques points retirés pour excès de vitesse et c’est tout. Pas le moindre téléchargement pédophile, pas de drogue ou a peine comme tout petit consommateur occasionnel, et il y a très longtemps. Il n’appartient à aucun parti, même étant jeune, il n’a jamais manifeste ou milite pour rien. Il ne votait même pas. Il n’a pris sa première carte d’électeur qu’en 2007, et pour voter pour…vous !

-Les barbouzes ont une idée ?

-Nous avons essayé de l’acheter, et pas avec des clopinettes, rien à faire, il est complètement désintéressé. Nous lui avons payé les plus expertes call-girls de Paris pour essayer de le séduire : il en a outrageusement profite puis il les a virées sans sourciller. Nous avons essaye de le menacer, mais de quoi ? De mort ? Le problème c’est qu’on a aucune prise sur lui, il ne tient plus a rien, même ses gosses l’indifférent, ce type est devenu un vrai zombie affectif. Il ne s’occupe plus que de son projet. Du reste du monde, de ses plaisirs ou de ses souffrances, de son futur, il s’en fout…On pourrait enlever un de ses enfants pour le faire chanter ?

-Ben voyons ! Et personne se douterait d’ou vient le coup ! Aucune chance pour que ça nous retombe sur la gueule ! Mais vous n’en avez pas marre des conneries ?

Et ça continue, chaque ministre concerné avoue son impuissance, tous dépassés par la complexité du problème.

Sarkozy ne les écoute plus, il se perd dans ses pensées…

C’est vrai qu’ils n’y peuvent pas grand chose ces glands ! Ils sont largués, comme lui aussi l’est, par ce monde qui n’est déjà plus le leur, dépassés par cette culture globale qu’il ont pourtant contribué à élaborer, dépassés par cette nouvelle manière de penser l’information, de la créer, de la propager, dépassés par un monde ou le vrai n’a pas plus de valeur que le faux, ou la vitesse de propagation d’un concept prime sur sa justesse, ou les marques et les ‘’griffes’’ sont revendiquées comme culturelles, ou l’écriture est de moins en moins le véhicule de la pensée et de plus en plus celui de la communication.
Un monde ou tout doit devenir vendable :La qualité et le merdique, le polluant et l’écolo, la bouffe industrielle ou bio, le moche et le beau, les compétences, le savoir-faire, la main d’œuvre, les femmes, les enfants et tous leurs organes.

Sarkozy reprend conscience des gens qui l’entourent. Il en a sa claque de tout ces comptes-rendus stériles, il faut décider d’une action, comme d’habitude c’est à lui de trouver une stratégie.

-Bien, en résumé, nous n’avons pu et ne pourrons rien faire contre ce connard. Je propose donc de le contrer sur son terrain. Il faut le ridiculiser, montrer qu’il n’est qu’un pauvre con, un nullard, un minable.
Il faut qu’il rate son suicide devant tout le monde ! C’est le seul moyen de le désamorcer, de le griller aux yeux de tous.

-Comment va t’il se suicider ? Quelqu’un a une petite idée ?

-Ben non, M. le Président, il semble qu’il n’ait rien préparé. Nous n’avons rien trouve sur son ordinateur, aucune recherche particulière, rien de flagrant.
Pas de dépenses inhabituelles non plus, que du banal.
En tous cas il n’a pas d’arme chez lui, et puis il a déclaré qu’il se suiciderait devant tout le monde, a part de se jeter d’une tour ou d’un pont, je vois pas comment il pourra s’y prendre.

-Et bien, cherchez, trouvez !

-Et si vous trouvez pas, ce dont je ne doute guère, montez-moi un plan de surveillance d’enfer, je veux pas qu’il puisse péter sans qu’on le sache, et démerdez-vous, mettez le paquet mais empêchez le d’agir à tout prix.

Samedi 21 avril 2012, tôt le matin,

Sarko ressasse…

Sarkozy se repasse la chronologie du désastre Lambert

Il se sent vidé, lessivé, fini. Il n’aurait jamais cru pouvoir en arriver la, son énergie, sa volonté, sa gniacque ne lui avais jamais fait défaut, son élan ne s’est jamais cassé, sa motivation est toujours restée intacte.
Il a toujours été sur de ce qu’il veut, de ce qu’il doit faire, du monde dans lequel il souhaite vivre.

Et puis Lambert a tout stoppé, inversé. Il a imposé le doute, interverti les valeurs, les a rendues obsolètes. Il a annulé les buts, remis en cause toutes les règles.

Et le pire, et cela mine Sarko, c’est que Lambert a probablement raison, au moins en partie, qu’il a mis le doigt sur le défaut majeur du système libéral : la crise du moral qui va sûrement de pair avec la crise morale du capitalisme.

Pour être sinon heureux, au moins à l’aise, confortable, dans cette société, il ne faut jamais réellement penser de manière autonome.

Si on ne laisse pas son cortex suffisamment en veilleuse pour pouvoir croire en quelque chose, une religion, un parti politique, de droite idéalement, à gauche ça discute trop et de la discussion peut jaillir sinon la lumière, peut être un début de pensée !

Si on ne peu s’intégrer dans quelque jeu de rôle, y compris ceux de la ‘vrai’ vie : travailler, consommer, procréer, contribuer, voyager, (enfin, être touriste), ou ceux d’Internet ; Second Life ou Third Life, ou Fourth…

Si on ne se laisse pas idiotiser par l’état amoureux, la jalousie, l’envie, la haine, le racisme ou n’importe quel sentiment ou ressentiment, bien fort, bien prenant, bien décervelant.

Si on laisse juste son cerveau voir, analyser, réaliser le monde, où pourrait-on découvrir le moindre début de motivation ?
Qu’est ce qui pourrait bien valoir le coup ? Dans cette société libérale ou tout se vaut, selon le point de vue, l’instant, la mode…

Sarkozy réalise que Lambert n’est probablement que la part émergée de l’iceberg de ’’ la dégradation de l’intérêt de vivre en milieu libéral et globalisé’’,

le représentant d’une espèce ‘d’ennemi intérieur’ du système, le métastase d’un cancer provoqué par ses effets délétères sur ‘l’organisme’ sociétal.

Le révélateur, à l’instar de la radiographie pour l’autre, le vrai, l’organique (Sarko, en vrai superstitieux, ne peut utiliser certains mots !), est, à l’évidence, internet.
Sans cette abominable invention (un truc de savants, connards !), le ‘Lambertisme’ (putain, voilà qu’il utilise LEURS mots !) n’aurait jamais pu apparaître ni se propager.
Au contraire, l’accès grâce à Internet à l’information totale, va contribuer à accentuer cette perte d’intérêt pour un but en particulier, pour la spécialisation, pour l’expertise, la maîtrise du geste ou du savoir, l’ambition de devenir une sommité.

A quoi bon apprendre si on peut tout savoir en cliquant sur un bouton ?

Les sportifs échappent pour un temps à cette règle, et encore, les sports d’équipe semblent déjà gangrenés par l’aquoibonisme : ’à quoi bon se lever le cul puisque nous sommes des stars payées en conséquence et tout nous sera pardonné car nous sommes irremplaçables’ ! Pour le moment, par contre, on a pas trouvé un moyen pour gagner du fric en étant systématiquement dernier d’un 100 mètres ou d’un marathon.

Sarkozy comprend que Lambert est devenu, grâce à son idée géniale, un génie, justement, au sens artistique du terme, un virtuose de la démonstration du nivelage du tout…

Il ne peut s’empêcher de l’admirer malgré sa haine profonde, sa répugnance viscérale envers cet accidenté social, la même qu’éprouvaient les planqués de 14-18 envers les ‘gueules cassées’ de retour du front.

Allons plus loin, il réalise que Lambert est en quelque sorte sa création, à lui, Sarko et à ses semblables, les puissants, les décideurs, les grands manipulateurs, les maîtres de cérémonie du jeu libéral.

Ils l’ont fabriqué le Lambert, juste un parmi des millions d’autres, qui n’aurait jamais du se réveiller individuel et unique, mais qui l’a fait sans le vouloir, grâce à une capacité banale et aléatoire du cerveau humain qu’il ne maîtrisait même pas.

Et le voilà, si néfaste, malfaisant et dangereux, si difficile à contrecarrer car sa révolte est l’acceptation de son état, sa protestation est son renoncement, sa motivation est sa disparition.

Il est en passe de réussir à bloquer le mécanisme libéral, au moins de le gripper durablement, justement en acceptant le système et ses règles jusqu’à leur conséquence ultime : Admettre que l’on est rien dans ce monde, et que cela n’a aucune importance.

Mais voilà : le système pour se perpétuer ne peut tolérer aucune lucidité.

L’individu interchangeable ne peut, ne doit surtout pas avoir conscience de son état.
Sarkozy ne l’avouerait jamais, mais il a surfé sur les forums Lambertiens et l’analogie avec la fourmilière, lue au détour d’un ‘chat’, l’avait frappé et lui revient en mémoire, pertinente.

Le pire de la situation, ce qui le mine tant, est que même s’ils arrivaient à stopper Lambert, rien ne serait plus comme avant.

Les graines qu’il a semées dans l’esprit collectif vont germer, croître et embellir inéluctablement. D’autres Lamberts viendront, le futur appartiendra aux renonciateurs, aux aquoibonistes, aux démotivés…

Tout ce que Sarkozy exècre tant !

Mais il pressent et il craint qu’il n’y aura aucun moyen de les empêcher de devenir une fraction importante de la société, qu’il faudra composer avec leur non participation, leur inertie, leur poids mort…

Il se demande si cela vaut encore la peine de vouloir être réélu pour gouverner un pays gangrené par des hordes de larves démotivées ?

Il est accablé d’avoir pu être un des instigateurs, un des principaux acteurs volontaires, enthousiaste et convaincu, d’avoir, compte tenu de sa carrière et du poste qu’il a fini par occuper, tant voulu que ce monde soit, d’avoir mis tout son talent et son énergie pour aboutir à un tel résultat, cette fabrique à Lamberts.

Il comprend aussi que les Sarkosys doivent leurs existences aux Lamberts, que tout repose sur leur multitude, leur malléabilité, leur bêtise, leur moutonnerie, leur capacité à réagir collectivement aux ordres et aux directives, aptitude d’autant plus grande si l’ordre n’est pas clairement énoncé, s’ils ne peuvent totalement le décrypter, appréhender ce à quoi ils réagissent.

En effet, si les directives étaient parfaitement lisibles, genre : Vivez, consommez, reproduisez-vous, fermez-la et construisez-nous la societe-nid douillet pour laisser incuber nos œufs de vrais maîtres du monde, que nous puissions nous reproduire entre nous, transmettre nos gènes de dominants pour engendrer d’autres dominants, il y aurait des chances que ça coince, qu’ils se rebiffent, qu’ils finissent par réaliser qu’ils possèdent des cerveaux fonctionnels capables de produire de la pensée autonome.

Non, il faut que les consignes soient floues, masquées, induites, subconscientes, subliminales, éviter l’évident ou le spécifique, laisser croire au choix, au libre arbitre.

Ha ! Ce mirage du libre arbitre ! Ce leitmotiv du ‘’c’est mon choix, c’est ma vie, moi je préfère, moi je fais…’’ de millions de personnes, mot à double sens si parfait, qui habitent les mêmes baraques, roulent dans les mêmes bagnoles, se fringuent pareillement, partent en vacances ensembles au même endroit et qui surtout, mangent les mêmes nourritures, toutes produites dans le même type d’usines et vendues dans des supermarchés identiques ou ils vont tous se fournir.

Dans la fourmilière aussi, l’importance de la nourriture des ouvriers est primordiale, permet de les garder enfermés dans leur condition d’ouvrier, en les nourrissants d’un type standardise d’aliments, enrichis d’un cocktail adéquat d’hormones, d’oligo-éléments et de substances chimiques et hop !,

pas de risque de comportement déviant, tout en conservant intacte la capacité d’œuvrer, de chercher, voire d’improviser pour que l’économie prospère, que l’élite se reproduise et essaime dans des conditions optimales.

Elite nourrie, elle, par de la nourriture d’élite, avec qualité, dosage et chimie adaptée.

Et il en va ainsi pour les humains de ce millénaire naissant, ce que nous mangeons est dorénavant adapté à notre condition sociale, des centres d’approvisionnement spécifiques fournissent les pauvres (les hard discount), les classes moyennes (les supermarchés ‘classiques’), et les riches qui ne se nourrissent que de produits bios, triés, sélectionnés, onéreux et approvisionnes par des circuits de distribution réservés aux privilégiés.

Sarkosy doute que cela vaille encore la peine de rempiler pour diriger…quoi ?

La saga Lambert lui a fait comprendre que tout ce en quoi il croyait est illusoire.
Il n’est lui même qu’un rouage d’un mécanisme certes inventé pour le profit de sa caste, mais dont il est aussi prisonnier.

Que vaudrait un Sarkozy à l’age des cavernes ? Il ne peut exister que dans cette société libérale qui a absorbé toute son énergie.

Il entrevoie que le capitalisme à l’ancienne de ses prédécesseurs qu’il méprise tant, était probablement plus subtil, en laissant sa dignité à l’ouvrier par la valorisation de son travail, en lui permettant de se soigner et d’éduquer ses enfants grâce à la protection sociale, qui laissait le progrès social s’imposer par la lutte et la négociation, lentement mais durablement, sans risque de remise en cause des acquis.

Hors lui qu’a t-il fait, ou tenté de faire, qu’a t il souhaité ?

Détruire ou du moins saper ces acquis, les rogner les uns après les autres au nom du libéralisme triomphant.

Il pensait de bonne foi qu’il allait libérer les gens en les desasistant, qu’il créerait l’élan salvateur pour cette société qui réclamait son émancipation, pour le bien de tous, que seules quelques scories sociales négligeables et passagères en seraient le prix à payer.

Même s’il est possible qu’il ne se soit pas entièrement trompé, (il serait bien incapable de répondre), jamais il n’aurait pu prévoir ‘’ l’effet Lambert’’, le fait qu’il suffise qu’un des ‘’interchangeables’’, comme ils se définissent eux même, prenne conscience de son état et s’en fasse un étendard, pour que soit remis en question le moteur de toute sa vie à lui, Sarkozy.

C’est dans cet état d’esprit qu’il est suspendu depuis des heures au bon vouloir de cet enfoiré, en espérant qu’il se décide enfin à bouger, que l’on en finisse…

Il est à peu près persuadé que Lambert va les couillonner, ce serait bien étonnant qu’après avoir réussi à les balader depuis des mois, ce fils de pute n’ait pas prévu un final imparable.

Mais il veut garder espoir, ne serait ce que par bravade, il ne peut supporter de se laisser avoir par ce déchet.
Il veut réussir à le contrer sur le fil, pour le plaisir, pour satisfaire son ego maltraité ces temps ci.

Il se raccroche à l’espoir raisonnable que tous les moyens d’un état puissant ligués contre un Lambert, doivent être suffisants pour contrecarrer la partie concrète de son projet, n’étant plus dans le domaine rhétorique mais dans celui de l’action.

Ca ne réglera pas le problème de l’après Lambert, mais cela mettrait un peu de baume au cœur malmené de Sarko.

Avertissement 3.

Bon, voilà que ma petite histoire s’approche de son dénouement.

Comme tu l’auras sans doute perçu, lecteur observateur, je ne suis pas un vrai écrivain, mon environnement usuel est fort éloigné de la littérature et des intellectuels.

Pour que ma prose ne soit pas trop criblée de fautes d’orthographe ou de syntaxe, j’ai du la faire lire et corriger par une ribambelle de lettrées, je l’écris au féminin exprès car elles sont très largement majoritaires.

Bien sur, j’ai quand même un peu lu, avant, et tu t’es sûrement dit, lecteur perspicace, que ça ressemble un peu à du…ou que c’est un peu écris à la manière de…et tu as raison !

En vérité, il ne me viendrait même pas à l’esprit de me casser la nénette (c’était joli comme expression, non ? Bien plus élégant que le vulgaire « fion », je trouve.) De me casser, donc, la nénette à essayer de déguiser leurs influences bénéfiques.

Par contre, pour ce qui va suivre et que tu vas découvrir, même si ça te semble gros,lecteur incrédule, sache que tout ce que je vais conter est du domaine du possible, techniquement parlant.

Comme ils nous disent dans la pub : je l’ai testé pour vous et ça marche !

C’est parti !

Samedi 21 avril 2012,

Mouvement.

11h30. Bureau présidentiel.

-Ca y est, il bouge ! -

L’alerte fait sursauter Sarkozy - Qu’est-ce qu’il fait? - Il hurle dans l’intercom.

- Il bouge M le Président.-

Il bondit hors de son bureau, court jusqu’à la salle de réception où s’est installé sa « cellule de crise ». Des dizaines d’écrans sont allumés, tous montrent sous tous les angles et dans toutes les longueurs d’ondes électromagnétiques possibles, l’appartement et l’immeuble de Nicolas Lambert. Tous les moyens d’écoute sont branchés, le moindre son est amplifié, étudié, décortiqué.

- Regardez, il se prépare à sortir -

En effet Nicolas Lambert s’est levé, a éteint son ordinateur, enfilé un blouson...

- Ca y est, il sort. -

- Vous le suivez et surtout vous ne le perdez pas, sinon vous pouvez dire adieu à vos jobs ! -

Sarko trépigne, son état d’agitation est indescriptible, il se ronge les ongles, trépigne, son regard est celui d’un fou..
.Aucun des ministres ni des officiels présents n’ose le regarder en face, il fait peur, tout le monde scrute les écrans pour ne pas avoir à croiser son regard halluciné.

- On intervient M le Président ? - propose le ministre de l’intérieur.
S’il avait eut les mains libres, il aurait fait arrêter ce trublion depuis longtemps, sous un prétexte quelconque, quitte à faire hurler l’opposition pendant quelques jours, ne serait-ce que pour priver Lambert de l’accès aux médias qui le soutiennent ou le suivent pour tirer profit de l’engouement malsain du public pour son histoire.
Mais encore une fois, comme toujours, le Président a voulu superviser, décider, contrôler, ordonner seul, quitte à se contredire, annulant les consignes de la veille, semant le chaos dans les services à chaque nouvelle lubie.
Ho ! qu’il en a marre, d’ailleurs tout l’exécutif en a sa claque, il ne connaît pas un ministre qui souhaite rempiler si par extraordinaire Sarkozy réussissait à se faire réélire...

- Surtout pas d’intervention, vous le suivez, c’est tout, les médias sont tous branchés sur cet enfoiré, si on l’arrête pour rien, on est grillé !!-

 

 

Action.

 

Nicolas Lambert regarde sa montre, compte les secondes, il essai de ne pas céder à la panique qui monte en lui.
Il s’en doutait que le plus dur à affronter au dernier moment serait la bonne vieille trouille, bien classique, bien humaine et bestialement normale.
Il n’a jamais été bien courageux et il découvre qu’il va falloir le devenir maintenant, à la fin programmée de sa vie. Il pourrait renoncer, ça serait facile, le monde l’oublierait très vite, les millions de gens qui ont cru en lui passeraient rapidement à autre chose, et au moins il vivrait, encore un peu en tout cas.
Le plus drôle c’est qu’il pourrait même probablement « capitaliser » un peu sur son histoire, en tirer profit, au moins pour quelques temps.
Il pourrait ensuite reprendre sa vie d’avant, une fois définitivement oublié. Mais ces quelques mois l’ont profondément changé et il sait qu’il va aller au bout, pour voir, (non, pas voir, et merde!) : pour finir, pour suivre le mouvement logique qu’il a lui même créé.
Il s’est lancé sur des rails inventés mais inéluctables, un « déraillement » tout comme pour un train est impossible de son fait, seule une cause extérieure pourrait le provoquer.
Alors pour se calmer et s’empêcher de trop flipper il compte à rebours les secondes avant de passer à l’action.
Top. 11H30 pile. Il éteint son ordinateur, se lève, enfile son blouson et sort pour la dernière fois de chez lui. Il ne fait pas beau mais il ne pleut pas, tant mieux ça aurait pu compliquer les choses. Les rafales des flashs des dizaines de journalistes contenus par les flics, l’éblouissent.
Les cris de soutient ou les insultes de la foule massée derrière les barrières installées par les autorités l’étourdissent quelques secondes.
Pour que son plan réussisse il doit diminuer le nombre de ses suiveurs, les journalistes il en a besoin, les flics qui doivent le surveiller de partout sont inévitables, mais il ne peut se permettre une foule en délire, trop imprévisible, trop impulsive et il lui faut un peu « d’espace ».
Il se met en marche le long de sa, rue vers le boulevard proche. C’est délirant, lui qui n’était rien il n’y a pas si longtemps maintenant se déplace avec un cordon de CRS qui lui ouvre le passage, écartant la foule en délire sans ménagement.
Il marche, filmé par les caméras de toutes les télés, les portables branchés à bout de bras, les oeils électroniques barbouzars de toutes les polices, des hélicos pleins de caméramans font du sur place dans le ciel gris.
Tout en se déplaçant, le cortège s’organise.
Lambert est maintenant passé à travers le gros de la foule, du coup il se retrouve presque en tête, précédé de photographes ou de caméramans qui courent devant et se retrouvent pour le « shooter » sous de bons angles.
Viennent ensuite les flics, des véhicules divers, camions de régie mobiles des télés, bagnoles plus ou moins banalisées de polices variées... Juste ce que Nicolas Lambert espérait. Parfait.
Il déboule sur le boulevard, sous l’oeil intéressé des passants... Le plan de Lambert est simple, il lui faut un véhicule, rapide, capable de se faufiler à travers Paris, mais parfaitement « traçable » par les flics et les journalistes.
Il s’engouffre dans une station de métro, comptant sur les policiers pour arrêter le gros de la foule, mais incapables d’empêcher une bonne part de la meute des journalistes de se faufiler avec lui.

 

 

Elysée.

 

- Il est rentré dans le métro ce connard! Que fait-on M le Président? -

- Il va se jeter sous le métro? Vous l’empêchez, compris, s’il fait mine de vouloir se jeter, vous le bloquez, il faut faire capoter son truc, qu’il ait l’air d’un con en public -

- Ok, on le colle au plus près -.

 

Métro.

 

Nicolas Lambert sait qu’il joue gros là, dans le métro. Tout le monde va penser qu’il veut se jeter sous une rame.
Pour éviter toute intervention de la cohorte de flics qui s’est rapprochée, il reste prudemment loin du bord du quai, attendant tranquillement son métro.
Quand la rame s’approche il ne bouge surtout pas, au contraire, il en profite pour examiner le cercle humain formé autour de lui, il sourit aux caméras.
L’action l’a détendu, il ressent moins la crispation de la peur dans ses tripes.
Le métro s’immobilise, les portes s’ouvrent. Il peut y aller, plus de danger d’être stoppé maintenant.
Il monte, s’assoit confortablement dans une voiture presque vide, qui se remplit instantanément de ses poursuivants.
Tout se déroule à la perfection, maintenant plus rien ne l’arrêtera, il en est sûr !
Le métro démarre. Les journalistes sont scotchés à leurs portables, indiquant aux équipes en surface vers où ils se dirigent.
D’autres l’assaillent de questions mais il se contente de refuser de répondre, presque bercé par le brouhaha et le chahut ambiant.
Et puis il se découvre acteur, il doit être bon, n’oublions pas que des millions de personnes le regardent.
Il la joue zen, tranquille, apaisé, un peu parce qu’il l’est, (enfin il y a toujours cette trouille qui lui triture les tripes), mais surtout pour le « public » auquel il se « doit » maintenant.
A quoi servirait un Lambert bazarette?
La logique de son personnage c’est maintenant l’action, la détermination, l’exemplarité en quelque sorte.
Ne pas manquer l’arrêt, ce serait trop con!
Lambert sort à l’air libre, toujours suivi de sa suite mais comme prévu, débarrassé de la foule.
C’est maintenant qu’il va falloir être précis.
La station d’où il est sorti débouche sur un boulevard bordé d’immeubles qui ont été cossus mais mal entretenus maintenant.
Lambert suit le trottoir et tourne dans une ruelle étroite. Le cortège s’étire, il suit les murs au plus près, la petite porte est là, à sa droite.
Il a surpris tout ses poursuivants en se jetant dans l’étroit couloir, a refermé la porte à la volée.
Elle est solide, il referme les cinq verrous qu’il a posés tout autour.
Avec ça ses poursuivants devraient être retenus un moment.
De toute façon l’obstacle majeur sera la grille en fer forgé qui ferme l’accès à l’arrière du bel immeuble et à sa large cour intérieure qu’il a repéré il y a des mois. Il la verrouille avec des antivols de motos, histoire de se ménager le maximum de temps avant qu’ils ne puissent le rejoindre.

 

Elysée.

 

- Il est rentré dans un immeuble minable de la rue Mequouye, monsieur le président-

Nicolas Sarkozy s’étrangle de rage.

- Mais putain qu’est-ce qu’il va foutre là, il va pas se jeter d’une fenêtre, ce con, c’est pas assez haut? S’il veut être vu des médias, il va pas se tirer une balle enfermé dans un placard ? Putain, donnez moi des infos, allez voir, faites quelque chose, bougez-vous le cul, je veux savoir! -

Pschitt.

 

Plus de temps à perdre, il ne dispose que de quelques minutes.
Nicolas Lambert fonce.
Il sort le matériel de la cave. De la méthode, de la méthode. L’action le dope, il oublie sa peur. Il enfile le harnais, vérifie la pression du gaz.
Il range les‘’allumeurs‘’ dans les poches de son blouson, les referme soigneusement, surtout ne pas risquer de les perdre, tout serait foutu sans ça.
Il connecte les bouteilles de gaz. Il déploie l’enveloppe, tassée dans un grand sac poubelle, en prenant mille précautions pour ne l’accrocher nulle part.
Il ouvre le gaz progressivement, làààà, doucement… Il n’a plus qu’à refermer son mousqueton de liaison et à attendre.
Il écoute l’agitation au dehors, les tentatives pour défoncer les portes, les invectives, les ordres aboyés par des chefs dépassés.
Le contraste entre l’agitation extérieure et le calme de la cour est euphorisant, il ressent un peu la même sensation que devant un feu de cheminée un soir d’hiver…

 

Noooon !

 

- Regardez, qu’est-ce que c’est ?-

Un conseiller présidentiel désigne les écrans branchés sur les chaînes de télé montrant les images filmées par les caméras embarquées dans les hélicos.
Les reporters zooment sur une grande cour intérieure. Lambert s’y active. - Qu’est-ce qu’il fout, putain, qu’est-ce qu’il fout ? - Toutes les personnes présentes dans la salle se sont agglutinées derrière Nicolas Sarkozy, observant éberlués une sorte de bâche rouge en train de prendre forme...
- Il monte une tente ou quoi, ce con, qu’est-ce que c’est que ce machin???- Le truc grossit, grossit. - Nooooon ! Ho putain nooon, pas CA !!!- Le hurlement de Nicolas Sarkozy pétrifie tout le monde; ils le regardent tous, effarés. Il est le premier à piger, comme d’habitude
(même dans ces circonstances, il ne saurait être modeste).
-C’est un BALLON, cet enculé est en train de gonfler un ballon !!!-.
Il est au bord de la crise de nerf. -Mais putain stoppez le, tuez le, tirez lui dessus, détruisez cette merde, crevez le ! Crevez le! Crevez le !... Il trépigne, se jette sur le ministre de l’intérieur, il faut qu’il étrangle quelqu’un ! Ses conseillers se jettent sur lui, s’interposent, essaient de le calmer... - Crevez le ! Crevez le !...Je vous dis de le crever ! C’est un ordre, vous m’entendez ? Crevez le! Crev… -Chclac ! La ministre de la justice vient de le gifler à tour de bras, prenant tout le monde par surprise.
- Ta gueule, tu nous fais chier, c’est fini, si on tire tout va péter, l’immeuble avec, il t’a eut, t’es niqué et nous avec toi, connard ! - Nicolas Sarkozy la contemple, hébété.
Ses conseillers le lâchent, il titube vers un canapé, il s’effondre et fond en larmes.

Ballon.

 

Nicolas Lambert contemple, extasié, l’enveloppe de son ballon en train de se gonfler.
Ca marche, putain, ça marche...
Il n’a eu qu’à suivre les consignes de fabrication des sites Internet consacrés aux « blimps », et la construction de son ballon a été un jeux d’enfant. L’enveloppe a été confectionnée à partir de simples bandes de vinyle métallisé rouge thermocollant, assemblées et collées bord à bord au fer à repasser, de la cordelette de nylon de Castorama, du ruban super adhésif pour la fixer sur l’enveloppe, chaque brins savamment noués ensembles, terminés par une sangle et un mousqueton pour s’attacher au harnais de charpentier.
Des raccords rapides de plomberie pour réaliser l’alimentation en gaz et le tour est joué.
Le gaz, surtout pas de l’hélium, mais de l’hydrogène, porte un bon kilo par mètre cube.
Avec 90m³, compte tenu de son amaigrissement personnel, c’est plus qu’il n’en faut pour le soulever. Même si l’étanchéité n’est pas parfaite, cela devrait suffire pour un joli vol devant toutes les caméras et autres objectifs qui le guettent...
Et en effet, il se sent soulevé, il flotte à 50 cm au dessus du sol, retenu seulement par les tuyaux reliés aux bouteilles d’hydrogène, son beau ballon rouge au dessus de lui prêt à s’envoler.
C’est à ce moment que la porte d’accès principale de la cour intérieure sur le boulevard cède.
Nicolas Lambert libère les raccords rapides des tuyaux qui retiennent son ballon au sol et il se sent bondir vers le ciel. Quand la meute de flics, de journalistes et de curieux déboule dans la cour il est déjà en train de passer le toit, provoquant un « haaaaa » extasié de la foule, comme pour un beau feu d’artifice.
Il est envahi d’une joie indescriptible, d’une fierté immense.
Enfin il a réussi quelque chose.
Comme il aimerait voir la tête de sa femme, de ses enfants maintenant. Nul doute qu’ils sont devant leur télé, d’ailleurs sans flagornerie, qui n’est pas devant sa télé à ce moment précis ? Il est si heureux d’avoir su mener son plan à son terme, d’avoir été capable en inventant sa fin de se créer ou recréer lui même, d’avoir donné un sens à son existence en la terminant...
La vue est superbe, il flotte au dessus des toits de Paris, les hélicos tournent autour de lui, des milliers de flash crépitent des fenêtres, des toits, des milliers de gens le saluent...
Il prend soin de ne pas trop monter, relâche un peu de gaz, une petite brise le pousse...
Il aimerait tant pouvoir faire encore durer le plaisir, flâner, profiter de cette extraordinaire sensation nouvelle qu’est le fait de voler.
Que c’est beau ! Dire qu’il découvre ça au moment de crever !
Mais quel con il a pu être de ne pas avoir découvert tout ça, avant, au lieu de vivre son existence de rat !
Ce coup de blues lui fait se souvenir que le ‘devoir ‘ l’appelle.
Dommage !
Il va lui falloir un dernier sursaut de courage, la peur revient, son coeur explose dans sa poitrine, ses tripes se nouent
Il fond en larmes, accablé par le remord de s’être piégé volontairement dans cette espèce de pari imbécile, révolté de s’être arnaqué lui même en s’auto-trompant sur la marchandise, sur sa volonté réelle d’aller jusqu’au bout de cette histoire.
Dans un état second, presque machinalement il extrait un des ‘’ allumeurs ‘’ de sa poche, en fait une des fusées de détresse, volées dans un des bateaux cambriolés.
Il se renverse en arrière, vise son ballon remplit d’hydrogène, gaz hautement inflammable, contrairement à l’hélium, utilisé dans les ballons depuis l’explosion du ‘‘graff zeppelin Machinbourg’’ dans le ciel de New York, dans les années trente.

Il faut en finir !

Sa dernière pensée est qu’il aurait bien aimé voir ça à la télé.

Il tire.

 

 

Hécatombe.

 

Nicolas Sarkozy traîne dans son bureau, cassé, courbé comme un vieillard.
Il a assisté au désastre final, le beau Ballon Rouge qui dérive au dessus de Paris, bien net sur le ciel de plus en plus gris.
Il sait ce qui va se passer, mais il attend maintenant la fin sans impatience, il n’y a plus rien à faire, ce Nicolas Lambert a été plus fort qu’eux.
Il n’arrive pas encore à penser « que moi », un vieux reste d’ego le pousse par réflexe à collectiviser la faute, mais ça va venir, son ‘moi’ est en train de se déliter, chacun des ‘fils’ intérieurs qui le gardaient en tension, qui en vibrant reliaient sa personnalité si réactive au monde extérieur, est en train de se rompre, l’entraînant progressivement dans un état totalement opposé, dans un monde intérieur isolé et apathique.
Une jolie fusée rouge a brillé une fraction de seconde, juste le temps de pénétrer le ballon qui s’est embrasé presque instantanément dans une spectaculaire flamme orangée, laissant tomber une petite silhouette humaine qui a disparu entre les toits de Paris.
- Chapeau l’artiste, t’as bien réussi ton coup –
Sarkozy ne peut s’empêcher d’apprécier le coup de maître, en grand manipulateur de média qu’il a été, lui aussi, il y a longtemps.
Comme tout cela semble lointain…
Il se lève, va à la fenêtre, contemple...rien.
Il rêvasse, ne pense pas vraiment, s’en fout...
Ses yeux fixent le vide...
On frappe à la porte, un conseiller quelconque entre. -M le Président c’est la catastrophe... - -Oui, j’avais remarqué, Trucmuche, il me semble aussi - Un reste d’ironie, un dernier sursaut du Sarko d’avant... - Non, non, c’est vraiment la catastrophe, venez voir... Il entraîne Sarko avec lui, retourne à la salle de crise, - Regardez !- Des nouvelles arrivent de partout, par les télés mais aussi par les préfectures, les polices, les gendarmeries. C’est l’affolement généralisé. A la minute où Nicolas Lambert a explosé dans le ciel de Paris, des dizaines, puis des centaines, peut être déjà des milliers de ‘supporters‘ l’ont imité. On parle de suicides individuels mais aussi collectifs dans tout le pays.
Des gens se sont défenestrés, se sont flingués mutuellement.
Des couples se jettent sous les trains en se tenant par la main.
Un groupe de plusieurs dizaines d’individus est sorti d’un car sur le pont de Millau et s’est jeté dans le vide.
On saute dans les rivières, on se jette des falaises en bord de mer.
Des rapports alarmants arrivent de partout, les autorités sont débordées. Un groupe de jeune illuminés, shootés au crack et armés ont attaqué des flics, juste pour les forcer à répliquer et se faire flinguer. On ne compte plus les morts et le pire c’est que les gens en mourant se filment avec leurs téléphones portables ou leur Web Cam et diffusent les images en direct sur le web.
Certains meurent en criant « Lambert avec toi » ou « plutôt mort que rien » ou n’importe quel des slogans trouvés dans les ‘’ chat ‘’ des sites à Lambert. Mais celui qui résume tout ce désastre, et crucifie Nicolas Sarkozy, qui revient comme un leitmotiv : « Sarko m’a tuer ! »

Epilogue 1.

 

Sarkozy est revenu dans son bureau, il s’est affalé dans son fauteuil, épuisé, lessivé.

-Alors c’est ça mon œuvre ? C’est ça que j’ai apporté aux gens ? -

Il commence à percevoir l’ampleur du désastre, ses conséquences.
Bien sûr il est fini, il n’a même plus l’option d’un avenir quelconque, c’est évident.
Le fait que sa présidence s’achève dans un tel cauchemar le plonge dans une détresse incommensurable, il a physiquement la sensation de tomber dans un puits infini.
Mais il devient paradoxalement plus lucide, toutes les données du problème le rattrapent dans sa chute, s’ordonnent autour de lui et il comprend que c’est lui, Sarko, qui a ‘fait’ ça, qui a contribué à créer ce monde si peu vivable, si oppressant, si déshumanisé qu’il a pu accoucher d’un Nicolas Lambert... Enfin, soyons modeste, qui a mis une touche finale Sarkosiste et paroxystique à cette succession de sociétés merdiques qui se sont succédées depuis...quand au fait ?
Il s’en fout, il ne peut plus rien, personne ne peut plus rien.
Sa lucidité nouvelle lui laisse aussi entrevoir que tout ça se tassera, que rien ne changera, que tout continuera, qu’un autre Sarko viendra...
Il l’a voulue sa société libérale globale et universelle, il l’a et pour longtemps,
Car à l’inverse de n’importe quel système utopiste qui fini toujours par se retrouver remis en question quand les illusions disparaissent, le libéralisme ne propose rien, aucun futur radieux, aucune morale, aucune règle si ce n’est celle du profit, même pas celle du marché comme enseigné aux bons élèves des écoles de commerce, le libéralisme n’a pas de sens, pas de raison d’être autre que son existence propre et sa perpétuation.
Comme un organisme vivant, il n’existe que pour survivre et se reproduire, indéfiniment, sans motivation sous jacente.
Il ouvre un tiroir de son bureau, s’empare d’un beau revolver six coups à barillet, cadeau d’un de ses gardes du corps... Il vide le chargeur, recharge une seule cartouche, fait tourner le barillet, pose le canon sur sa tempe, tire.

Clic. Raté.

Il pense mollement, vaguement amusé...

-Allez encore une tentative ! Ayant une chance sur six que le coup parte, est-ce que si je tire six fois, je suis sûr de gagner ??...
Mais il a la flemme de compter, il a l’intuition que la réponse n’est pas si simple… Il relance le barillet, repose le canon sur sa tempe...

 

Epilogue n° 2.

 

Nicolas Lambert reprend conscience...
Il a mal. Partout. Ventre, jambes, genoux tout est si douloureux. Surtout à l’épaule droite, non, pas que l’épaule, tout le coté droit, de la tête au ventre.
Il a conscience d’être à plat ventre sur du dur, du très dur.
Il se souvient du ballon embrasé, de la vague de chaleur, de la courte chute et du choc terrible...
Il prend conscience de son environnement, il voit des toits autour de lui, mais il ne comprend pas où il est, pas encore. Il peut bouger les mains, les pieds mais chaque geste lui coûte tant, il a si mal et puis il est tout humide aussi. Pourtant il lui faut comprendre. Il regarde à droite, à gauche, dessous... dessous ! Il commence à saisir : il est à plat ventre sur un dôme métallique, au dessus du toit d’un petit monument de Paris, lequel, il ne saurait dire. Mais pourquoi n’a t-il pas juste rebondi dessus, pour s’écraser plus bas, ça il ne comprend pas...
Il regarde à nouveau, vers le haut.
Ca, ça fait mal !
Tourner la tête déclanche une vague de douleur atroce, il gémit, retombe dans les vapes quelques secondes…
La pointe d’une lance rentre dans son champ de vision, tout là haut.
Que fait une lance sur un toit ?
Puis il comprend: c’est pas une lance, c’est un paratonnerre !
Alors l’effroi l’envahit ! Noooon ! ho, noon !...
Il tourne la tête autant qu’il peut sur la droite et il voit l’impensable: la longue flèche de métal l’a transpercé de part en part, lui traversant tout le coté droit, juste au dessus du poumon, à travers l’omoplate qui a du être pulvérisée.
Il est probable que la décélération provoquée par le frottement de plus en plus grand de la flèche légèrement conique, combinée à sa relative faible vitesse de chute (il n’était pas très haut au dessus des toits) lui a ‘sauvé’ la vie !
Les probabilités pour qu’un tel événement se produise doivent être d’une sur plusieurs milliards, entre la densité à l’hectare des paratonnerres de la bonne taille, la hauteur idéale de chute et la position du corps adéquate, c’était son jour pour toucher le loto !
Et maintenant il est là comme un con, embroché tel un papillon punaisé dans un album!
Ho ! Bordel de merde, il n’en rate pas une! Il est fou de rage, impuissant et humilié!
Même pas foutu de mourir dignement !
Nicolas Lambert voit déjà le cirque pour le dégager de là!
Putain, pour un show télévisé ça va être un show, espère! Et puis il s’apaise, il est trop endolori pour pouvoir s’en vouloir très longtemps.
Le pittoresque de sa situation lui apparaît.
Il se fait la réflexion que même Hollywood n’aurait pas pu inventer un scénario pareil !
En fait il est assez content de se découvrir vivant.
Il se prend à espérer, suppute ses chances.
Combien de temps peut-il tenir? S’il n’a pas trop saigné, s’il n’a pas trop froid, plusieurs heures.
Le pire ça serait qu’il pleuve...
Et vlan. A peine a t-il pensé cela que les premières gouttes s’écrasent sur lui !
Il commence à la trouver saumâtre. Qu’est-ce qu’il pourrait lui arriver de pire, maintenant que le voila empalé comme une andouille sur une brochette ?
Nooooon, pas ça !!!
Et pourtant oui, ses yeux viennent bien de percevoir... Il espère s’être trompé, avoir confondu avec un flash de photographe...
Mais ses oreilles fonctionnent aussi, et quelques dizaines de secondes après le flash, le roulement du tonnerre de l’orage approchant l’atteint... Le désespoir inonde Nicolas Lambert, l’horreur de sa situation le glace, il se voit, grillé par la foudre comme une merguez trop cuite... S’il n’avait pas si mal il pourrait presque en rire de cette idée.
Mais dans sa situation la dernière chose à faire serait de se marrer, peut être même la toute dernière chose à faire, car rigoler relancerait sûrement l’hémorragie, qui semble s’être momentanément tarie. Cette idée l’amuse, le distrait un peu de sa douleur.
C’est vrai que mourir de rire après tout ce pataquès serait un gag final idéal…
Mais l’envie de mourir lui a bien passé, alors il ne faut pas rire…
Non, surtout ne pas rigoler, rien de drôle. Hi hi hi. Non, non, pas rire. Ha ha. Non. Ha ha ha ha...

HA HA HA HA HA HA……

 

FIN.