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Le mystère de la chambre au miroir.

ecrit par Georges Quivole

Le mystère de la chambre au miroir.


Charles, appelons-le Charles, c’est joli comme prénom, si tu n’aimes pas change !

Charles donc, était inquiet… Content, heureux même, ravi en fait et en même temps inquiet, angoissé, paniqué presque, une trouille incoercible lui nouait les tripes, c’était drôle et pénible cette double sensation, la peur et la joie mêlée…Pourtant les évènements semblaient enfin favorables, après des mois catastrophiques, sa vie s’améliorait, il recommençait à respirer plus librement, sa situation avait changé en quelques jours. Après la séparation pénible avec Sophie, son ex-femme (joli Sophie, non ?), il avait été si déprimé qu’il avait perdu son boulot… Classique… Plus de travail, pas moyen de payer un loyer, il avait dû traîner d’hébergement en hébergement provisoire chez un ami après l’autre, pour finir à l’hôtel quand manifestement il les gonflait trop, à leur faire partager sa déprime… Mais tout ça c’était le passé.

Il avait d’abord trouvé un travail et un bon, bien mieux payé et agréable, au grand air, il adorait ! Une chance incroyable, un pote à lui l’avait branché là-dessus et c’était dans ses cordes : géomètre expert… ça sonne pas génial mais son travail consistait à… mesurer les ponts ! Au millimètre ! Il avait toute une tournée des ponts de la Région à surveiller, mesurant les déformations au laser pour évaluer leur usure au fil du temps… Et voilà d’où venait son angoisse : il devait partir bientôt deux jours en tournée, en ne rentrant chez lui que très tard, seulement voilà : sa fille, Juliette (joli, Juliette!) arrivait ce soir pour passer ses vacances avec lui ! Des mois qu’il ne l’avait pas vue, son cœur battait à 100 à l’heure, enfin à 120 à la minute, car 100 à l’heure c’est très lent pour un cœur ! Certes, à 11 ans, elle devait pouvoir rester seule un jour ou deux, il espérait encore trouver une garde mais il ne connaissait personne dans cette ville nouvelle pour lui… Mais à l’idée de la laisser seule et dans cette maison ! Elle était pas mal, à priori, cette maison, très ancienne, limite délabrée, mais il l’avait aimée tout de suite, un vrai coup de foudre pour ses vielles pierres, l’impression que chaque pièce avait une histoire à raconter… D’accord on s’y gelait en hiver mais là, en Avril, les gros froids étaient passés. La mère à Juliette (Sophie) ne semblait pas inquiète du tout, elle : « Tu lui laisses deux bouquins bien gros de ta collection sur la magie et elle en sera ravie », avait-elle dit !

Il n’empêche, il était terrifié à l’idée de la laisser seule, même un jour dans la maison, elle irait sûrement explorer chaque recoin et le jardin immense et cette idée ne l’enchantait pas du tout, mais pas du tout… Le lendemain, samedi, début des vacances… Juliette était folle de joie… D’abord, elle n’avait pas vu son papa depuis si longtemps qu’elle ne se rappelait même plus sa tête – enfin, c’est ce qu’elle pensait avant de l’avoir revu, mais quand il était venu ouvrir la porte c’était bien lui, tout pareil, et elle avait sauté dans ses bras et c’était si bon… Et puis cette baraque où il habitait était trop… Trop ! Elle manquait de vocabulaire pour en parler.

Vielle, délabrée, pleine de recoins plus ou moins sombres, il y avait un grenier encombré de vieilleries et une cave, une vraie, noire, profonde, lugubre à souhait, avec des araignées Enormes terrées dans des toiles poussiéreuses, on ne voyait d’elles que leurs pattes velues au fond de leur trou, prêtes à bondir… D’autres très noires, ventrues, luisantes… Tout ça à l’entrée, le reste, mystérieux, était inaccessible. Perdu dans les ténèbres et cette odeur ! Ça, c’était de la vraie pestilence de cave moisie, comme on en rêve… Des frissons d’appréhension délicieuse lui parcouraient la nuque… Et le jardin en friche envahi de plantes et de ronces, une vraie Jungle! Juliette était aux anges, son plaisir était total… Presque total… Seule ombre au tableau, son père n’était pas tout à fait le même… Tristounet… Préoccupé, enfin Bizarre… !

Il avait quelque chose de changé, son papa… elle ne savait quoi, comme s’il lui manquait… Mais oui, bien sûr ! D’un coup, elle avait réalisé : il ne plaisantait plus ! Lui qui faisait toujours des blagues, foireuses souvent, qui la mettaient en rage… Là, plus rien ! Sérieux, gentil, aimable mais sérieux ! Peut-être c’était à cause des problèmes dont il se sortait à peine (problèmes un peu mystérieux pour elle, des problèmes d’adultes (Beurk !). Mais finalement, elle préférait l’autre papa d’avant, celui aux blagues foireuses, il était plus drôle !

Parenthèse : Pendant que j’écris, deux yeux dépassent du bord de la table et me fixent, avec des miaou qui viennent d’en dessous de la table…

Dans la maison, une porte au fond d’un couloir était fermée à clef. Quand elle avait demandé ce qu’il y avait derrière, son père avait eu un air bizarre, inquiet, il avait répondu « Il y a bien assez de pièces sans t’occuper de celle là », sur un ton sans réplique, pas gentil du tout ! Ça aussi, c’était nouveau ! Le lendemain, quand elle s’était levée bien tard, il lui avait bien semblé entendre cette porte là se refermer, en tous cas son père arrivait de là et elle l’avait bien vu glisser une clef dans la poche de sa robe de chambre. (Il adorait traîner en robe de chambre, ça, ça n’avait pas changé…)

Le dimanche soir, il lui annonça : « Demain, je pars en tournée, je rentrerai très tard, je n’ai trouvé personne pour te garder… Tu seras sage, tu as plein de livres fantastiques à lire »… Puis après une pause et avec un air hésitant, il finit par dire : « Hum… Hum… Bon écoute, la porte close du fond… Tu ne dois jamais, tu entends ? Jamais essayer d’entrer dans cette pièce, tu peux aller partout mais jamais dans celle-là, d’ailleurs je garde les clefs avec moi !»

Il avait l’air tellement inquiet qu’elle n’osa même pas demander pourquoi.

Inutile de préciser que sa nuit fût agitée, avec des rêves de portes ouvertes sur des mondes tous plus extraordinaires les uns que les autres, elle avait beaucoup d’imagination, stimulée par des romans fantastico-magiques dévorés à la file…

Le lendemain, dès le réveil, la pensée de cette pièce close la tarabusta, évidemment. Spécialement après le départ de son père et son petit déj avalé (l’imagination est plus active le ventre plein !)

Elle essaya de lire, inutile, au lieu de rentrer dans le livre, elle extrapolait de ce qu’elle lisait tous les éléments qui pouvaient la ramener à cette pièce… elle essaya d’explorer la maison mais ses pas la ramenaient inexorablement devant la porte en question. Banale la porte d’ailleurs… Elle essaya de regarder par le trou de la serrure mais tout était noir… elle sortit pour repérer la fenêtre de la pièce, mais les volets étaient hermétiquement clos… rien à faire sans clef… et puis son père lui avait interdit d’ouvrir… Après tout, chercher la clef c’était pas ouvrir et ça l’occuperait… Elle alla dans la chambre à son père, et entrepris ses recherches : les poches étaient vides bien sûr… le bureau, bien fouiller les tiroirs sans ne rien déplacer pour pas se faire prendre… Rien pas de clef. L’armoire… Rien sous le lit ? Le matelas ? Non c’était ridicule, ça devait être dans le bureau… elle farfouilla de nouveau… Rien ! De dépit et de rage, elle s’assit dans le fauteuil, le seul de la chambre. Quand même ce bureau n’était pas bien foutu, il avait un tiroir plus gros que l’autre… Ça y était, elle avait compris : Elle ouvrit le plus petit tiroir, passa ses doigts à l’intérieur vers le haut, le dessus du tiroir coulissait, un petit espace se dégageait et là bingo ! La clef brillait de mille éclats lui semblait-il ! Son cœur battait à tout berzingue dans sa poitrine, elle en sautait de joie… Et maintenant… A la porte, juste pour essayer la clef… Et c’était la bonne bien sûr, parfaitement ajustée, le verrou tournait impeccablement, premier tour… Elle s’arrêta, le souffle court : son père lui avait interdit ! Elle partit en courant, paniquée par ce qu’elle était sur le point de faire… « Non ma fille il ne faut pas, c’est interdit, la tu dec… » (elle s’autorisait des demi-gros mots quand elle se parlait à elle-même)… « Bon, je vais récupérer la clef pour la ranger… », décida-t-elle (elle l’avait abandonnée dans la serrure)… mais devant la porte, elle fût comme possédée, c’était comme si une autre personne agissait à sa place… « Je jette juste un petit coup d’œil dedans... » Sa main agissait seule, elle tourna le deuxième tour et la porte s’entrebâilla en silence… elle ferma les yeux en bondissant en arrière… Rien, elle ouvrit les yeux… on n’y voyait goutte, c’était tout noir… Une odeur de renfermé et de poussière, c’était tout… (C’était trop bête, autant y voir… Ses doigts trouvèrent l’interrupteur du premier coup, comme par magie… Lumière… La pièce était vide ou presque… Quelques chaises, vaguement disposées en cercle, un grand miroir sur un des quatre murs, une cheminée… Des bougies consumées… Elle fit un pas, un deuxième… Rien… sa peur diminuait mais sa curiosité montait… C’était quand même étrange, on « sentait » que quelque chose se « passait » ici mais quoi ? Et elle entendit la voiture à son père ! Déjà ? Comme le temps avait filé ! Panique, tout refermer, ranger la clef, courir l’accueillir avec un grand sourire… Ouf… une chose est sûr : demain le deuxième jour de tournée de son père, elle en aurait le cœur net : elle trouverait le mystère caché dans cette pièce !

Le soir, elle fût A-DO-RA-BLE ! Surtout pas se faire remarquer, engluer la bête (c’était une façon de parler, il était pas bête du tout son papa !) dans des câlins cajoleurs… Le questionner sur son travail (en plus c’était même intéressant son travail !), répondre vaguement aux questions sur sa journée à elle… Tout ça l’avait épuisée, elle partit se coucher de bonne heure… elle arrivait même pas à lire, enfin du vrai mystère à se mettre sous la dent, enfoncé le Harry Potter… Elle était sur le point de s’endormir quand elle entendit des bruits, ô! pas facile à identifier, petits chocs, bruits de pas… Et ça venait de la pièce secrète, elle en était sûre… Les bruits s’atténuèrent, elle s’endormit.

Le lendemain, elle ne traîna pas au lit, expédié le petit dej, lavage, brossage de tifs et de dents… Au - revoir Dad (elle était un peu snob, elle aimait bien utiliser un peu d’anglais dans la conversation…) Il monte dans sa bagnole (elle se parlait en argot, c’était plus original)… Il était parti…

Quand elle ouvrit la pièce, elle sauta de surprise : les chaises étaient disposées en ligne ce coup-ci, sur un côté de la pièce, face au grand miroir ! Elle avait bien entendu hier soir, il s’était passé quelque chose ici. Elle voulait comprendre. Elle entreprit ses recherches. D’abord au hasard, s’imprégner de l’atmosphère étrange, chercher des indices, des traces, des signes… mais elle ne trouvait rien, tout était normal, les murs étaient des murs, pas de son creux, rien. Elle étudia, scruta, mesura, examina la cheminée sous tous ses angles, rien de suspect, elle rentra à quatre pattes dedans en se dégueulassant, le mot était juste, on voyait le ciel tout en haut, elle fût récompensée de son exploration par un peu de suie dans l’oeil gauche, mais ce n’était manifestement pas de ce côté qu’il fallait chercher… restait le miroir… Il DEVAIT y avoir un secret. Elle en était sûre. D’abord il était scellé dans le mur. Son montant en bois était massif, énorme, sculpté, très ancien. Et puis en frappant doucement sur la surface de la vitre, on sentait bien que celui-ci n’était pas en contact avec le mur ! Et si il y avait un passage derrière ? Il devait y avoir un mécanisme, elle toucha chaque sculpture essayant de les faire tourner, d’appuyer dessus… en vain ! Et les heures passèrent et elle entendit la voiture de son père sur les graviers de l’allée…

Il rentra, une somptueuse boîte à pizza le précédant. Portée d’un geste gracieux de la main gauche (elle n’était pas très objective quand il s’agissait de son papa !), avec un sourire charmant il dit : « Ta pizza préférée aux… et…, comme tu les aimes ».

Sa déception de ne pas avoir trouvé le secret de la pièce fut momentanément reléguée au second plan devant le délicieux spectacle, son estomac fondant de gratitude… Ils partagèrent la pizza, enfin, il grignota un coin et elle, elle s’explosa le bide avec le reste arrosé d’un Schweppes agrumes 2005 des plus fameux… Un bon rot (contrairement à sa mère, il la laissait burper tout à son aise, en plus, il la battait souvent à ce jeu-là !)… Il la fixait d’un air franchement goguenard (un nouveau mot très joli qu’elle avait lu il y a pas longtemps, autant l’employer à bon escient, à bonnet sciant, à…) enfin un air d’en avoir deux (airs, vous suivez ?)…

Puis il la stupéfia en disant, bloquant instantanément la digestion de la pizza : « Alors t’as trouvé quoi dans cette pièce ??? Il la fixait en rigolant !!! »

Le monde s’effondrait… Quoi, quelle pièce, j’ai rien fait… Bêlait-elle… T’as pas pris la clef dans le bureau et t’as pas exploré la pièce pour trouver son secret ??? T’as trouvé ou pas ?

Non !!! Houps, ça lui avait échappé… tant pis au moins allait-elle savoir ! Non, j’ai pas trouvé, mais comment tu sais, j’ai tout rangé pareil.

Non pas tout à fait pareil, j’avais mis un petit fil collé sur le tiroir, il était cassé… O! comme elle enrageait de s’être faite avoir ainsi… mais elle ravala sa fierté, elle voulait savoir… Alors c’est quoi le secret ?? Hein ???

Il la regardait en riant, ô! cet air moqueur qu’elle connaissait bien était revenu…

Le secret ? Mais il n’y a pas de secret ! Comme j’avais personne pour te garder et que la maison est isolée avec ce grand jardin où n’importe qui peut entrer, j’ai inventé cette histoire pour être certain que tu sois occupée pendant deux jours, j’ai fait exprès de te montrer la clef, je savais que tu la trouverai, tu es trop maligne et ça a marché non ? T’as rien fait d’autre, t’as même pas vu le temps passer…

O! lui, le (la une bordée de vraies insultes), comment a-t-il pu, ô! le (autres insultes), elle riait et pleurait à la fois, riait pour la blague monstrueuse qu’elle appréciait à sa valeur mais pleurait de rage et de frustration… Il s’approcha et la pris sur ses genoux… Pour me faire pardonner, demain c’est le jour idéal pour aller au parc Bidulos, voici les billets !

Le parc Bidulos ! Depuis qu’elle en rêvait, ses copines allaient être folles de jalousie ! Sa rage disparaissait, juste un peu de honte d’être si facilement achetable !! Tant pis pour la honte, elle était trop heureuse !!! Elle adorait son papa !

The end.